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L’extrême droite et l’écologie

L’intérêt d’une certaine extrême droite pour l’écologie a des origines anciennes. Le partage de thématiques communes favorise les ponts avec d’autres courants de l’écologie, notamment à gauche1, qui tendent malheureusement à se développer largement depuis quelques années, au cœur même de nos mouvements. Petit tour d’horizon de la mouvance2.

Au sommaire de ce dossier :

Les fondements théoriques de l’écologie d’extrême droite
La Nouvelle droite et l’extrême droite intellectuelle
Le Front national
Alain Soral et les survivalistes
Les Identitaires
Les animalistes
Les catholiques réactionnaires
Quelques ponts confusionnistes
Des médias au service de la confusion

Les fondements théoriques de l’écologie d’extrême droite

L’intérêt d’une certaine extrême droite pour l’écologie a des origines anciennes, notamment en France, et avant même que le mot « écologie » ne soit popularisé. L’invocation des lois naturelles (héritage du catholicisme), du retour à la nature contre la ville qui pervertit est une vielle antienne réactionnaire mise en avant au tournant des 19e et 20e siècles par des traditionnalistes comme Maurice Barrès, tandis que Charles Maurras prônait déjà une forme de régionalisme alliant relocalisation de l’économie et retour aux racines. Maurras d’ailleurs basait ses théories sur une synthèse à la fois du catholicisme et du darwinisme appliqué à la société, ce qu’on a appelé le darwinisme social, à savoir qu’il existe une sorte de « sélection naturelle » dans le corps social, que ce soit au niveau des individus et des groupes, les forts étant « naturellement » appelés à supplanter les faibles. Ces deux manières de défendre l’existence de lois naturelles censées régir la vie humaine ont servi à justifier le repli sur soi et la nécessaire défense du corps social contre ce qui lui est étranger.

Affiche pétainiste présentant la paysannerie et le "retour à la terre" comme des piliers essentiels de la Révolution nationale.
Image pétainiste présentant la paysannerie et le « retour à la terre » comme des piliers essentiels de la Révolution nationale. (Cliquer pour agrandir)

Par la suite, Vichy, tout en menant une politique de développement industriel planifiée, a tenté, sans grand succès, de promouvoir un programme de retour à la campagne et sa propagande a toujours mis en avant cette idée que « la terre ne ment pas »3. Bien plus tard, quand le mouvement écologiste se structure à partir de la fin des années 1960, l’une de ses principales références intellectuelles est le libéral Bertrand de Jouvenel, ancien militant d’extrême droite dans les années 19304.

Le rapport mystique à la terre et à une forme d’ordre naturel transcendant a été porté à l’extrême dans certains cercles occultistes et néo-païens allemands dans l’entre-deux-guerres, comme la Société Thulé, fondée par Alfred Rosenberg, eux-mêmes héritiers du courant völkisch de la fin du 19e siècle. Ce dernier, devenu par la suite un haut dirigeant nazi, a tenté de construire une mystique nazie. Il a fini éxécuté suite au procès de Nuremberg. De son côté, la SS a créé sa propre société de recherche des origines d’un prétendu peuple aryen, l’Ahnenerbe. Inspirés par cette philosophie, les nazis ont effectivement adopté des lois de protection des animaux. Aujourd’hui, le mouvement Terre et Peuple animé par Pierre Vial continue de se réclamer en France du mouvement völkisch et du néo-paganisme.

Du côté du fascisme italien, c’est le théoricien Julius Evola qui a fait le pont entre mysticisme et critique de la modernité, se référant entre autres à l’hindouisme et au bouddhisme. Evola est justement une des références de la Nouvelle Droite.

Si a priori toutes ces idées n’ont pour la plupart qu’un rapport très lointain avec l’écologie politique, elles servent néanmoins de base philosophique à l’extrême droite pour justifier son intérêt pour l’écologie. De plus, on les retrouve encore souvent, au moins partiellement, dans les courants qui allient écologie et mysticisme.

Aujourd’hui, il existe un courant écofasciste très minoritaire qui rêve d’instaurer un régime autoritaire à la faveur de la crise écologique, seul à même selon lui d’opérer la nécessaire transition vers une société post-industrielle en imposant les « sacrifices » nécessaires : retour à un mode de vie plus « simple » et réduction de la population via le malthusianisme mais pouvant aller jusqu’à l’eugénisme et l’élimination des humains jugés surnuméraires. Son principal théoricien est le Finlandais Pentti Linkola. En parallèle, le spectre d’une dictature écofasciste sert de figure repoussoir à nombre d’écologistes humanistes soucieux de mettre en garde contre ce risque.

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La Nouvelle droite et l’extrême droite intellectuelle

Alain de Benoist est depuis de nombreuses années un des principaux promoteurs de la nécessité pour l’extrême droite d’investir le terrain écologiste, et un des principaux artisans de rapprochements entre écologistes de gauche et de droite. C’est ainsi que dans les revues de son mouvement, le Grece (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne, plus connu sous le nom de Nouvelle Droite), on retrouve des signatures comme celle d’Antoine Waechter, Alain Lipietz, Serge Latouche ou le philosophe Michel Serres5. La rubrique « Décroissance et écologie » est la première mise en avant sur le site de ses revues, revue-elements.com et De Benoist lui-même a publié en 2007 un livre intitulé Demain la décroissance ?

Une autre figure importante de ces rapprochements intellectuels est Laurent Ozon, ex-conseiller à l’écologie de Marine Le Pen et longtemps partisan comme De Benoist de l’écologie profonde. C’est sans doute un des écologistes d’extrême droite qui a l’un des plus vastes réseaux d’influence dans ces milieux, entretenant des échanges à la fois avec la Nouvelle Droite et des membres du Mauss (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales). Il a animé entre 1994 et 2000 une revue, Le Recours aux forêts, qui a accueilli des signatures d’horizons extrêmement divers, en vue de favoriser des rapprochements intellectuels entre gens qui normalement ne devraient pas se parler. A gauche, la revue décroissantiste Silence! a accueilli sa signature en 1998.

En 1999, lors de la guerre du Kosovo, il a fondé le collectif Non à la guerre qui a publié un manifeste à l’argumentaire nationaliste signé par trois cent personnalités, dont la liste était un véritable catalogue du confusionnisme puisqu’on y trouvait le chanteur Renaud, Gisèle Halimi, Gilles-William Goldnadel, l’Abbé Pierre, Alexandre Soljenitsyne, Max Gallo, Alain de Benoist, Paul-Marie Couteaux, le Général Gallois, le chanteur Mikis Theodorakis, le dramaturge Harold Pinter, le cinéaste Ken Loach etc. La revue antifasciste Ni Patrie Ni Frontières indique qu’à cette époque, Ozon était « directeur de Nouvelle Ecologie, groupe écologiste lié au club de la Nouvelle Droite, le GRECE, lui-même étroitement lié au Front national. [… ] Ozon travaille étroitement avec le millionnaire anglais Goldsmith dont les idées écologistes ultraconservatrices exercent une énorme influence dans les cercles de la Nouvelle Droite. Dans certains cas, Ozon a agi comme porte-parole de Goldsmith en France. » Participaient aux colloques de la Nouvelle Ecologie Latouche, Waechter, Goldsmith ou De Benoist.

En 2007, Ozon a tenté de présenter une liste localiste à Vendôme puis a créé en 2008 le mouvement Maison commune. En 2008, il est allé promouvoir la relocalisation de l’économie et le régionalisme à la tribune de la Convention identitaire, mais cela ne l’a pas empêché pas de participer, entre mars 2009 et février 2010, à plusieurs réunions constitutives d’Europe-Ecologie-Les-Verts (EELV). Il a rejoint le bureau du Front national (FN) en janvier 2011, avant d’en démissionner sept mois plus tard parce que ses propos imputant la responsabilité de la tuerie d’Oslo à l’immigration avaient été désavoués par Marine Le Pen.

Dernier cas : Antoine Waechter, dont les proximités avec la Nouvelle Droite, Ozon et Goldsmith ont provoqué en 1999 une crise au sein du Mouvement écologiste indépendant (MEI) (voir aussi ici). Malgré cette casserole, il a retenté à partir de 2003 des rapprochements avec les Verts qu’il avaient quittés en 1994 pour fonder le MEI. En 2009, il a réessayé avec EELV dans la perspective des européennes, mais a échoué et a finalement rejoint la droitière Alliance écologiste indépendante (AEI), aux côtés notamment de La France en Action de Jean-Marc Governatori (actuel co-secrétaire de l’AEI, voir aussi ). Toutefois, il a été second sur une liste EELV la même année aux régionales dans le Haut-Rhin et est élu au second tour. En 2013, toujours président du MEI, il a accordé une interview au journal d’extrême droite Minute dans laquelle il a dénoncé les écologistes d’extrême gauche6 et défendu la ligne « ni à droite ni à gauche » de Nicolas Hulot.

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Le Front national

Le fait que le FN parle d’écologie ne date pas de son court compagnonage avec Ozon. Dès 1981, l’écologie figurait au programme de sa pré-campagne. Depuis 1989, le FN met régulièrement en avant les questions écologistes lors des élections auxquelles il se présente. Toutefois, il s’agit plus d’un discours de façade que d’une vraie préoccupation, car en réalité, le parti d’extrême droite utilise l’écologie comme un prétexte pour promouvoir le productivisme, le nationalisme et son programme xénophobe.

Lire la suite sur Luttons contre le FN →

Un bon résumé de la vision écologique du FN.
Un bon résumé de la vision écologique du FN.

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Alain Soral et les survivalistes

Autre ex-conseiller de Marine Le Pen, Alain Soral développe lui aussi un discours pseudo-écologiste, dont il fait commerce. Sur les quatre boutiques en ligne destinées à financer son organisation, Egalité et réconciliation (E&R), trois affichent des thèmes « ruraux » : Au Bon Sens qui vend des produits bio « sains et enracinés », Sanguis Terrae qui vend des vins bio et enfin Prenons le Maquis (ex-Instinct De Survie), qui vend des stages et du matériel survivaliste.

Le courant survivaliste est né aux Etats-unis et est présent au Canada. Il a commencé à s’introduire dans le monde francophone via le Québec. En cas d’effondrement civilisationnel, il parie sur la guerre de tous contre tous plutôt que sur la solidarité collective et prône donc l’autodéfense individuelle et familiale et ses partisans s’y entraînent. Il est principalement porté en France Par E&R et des gens qui en sont proches, comme l’homme d’affaires suisse Piero Falloti dit Piero San Giorgio (voir ici, et ), auteur du livre à succès Survivre à l’effondrement économique, édité par la maison d’extrême droite Le retour aux Sources.

29 septembre 2012 : Alian Soral et Piero San Giorgio confèrent devant un verre de bière à Rivière-Rouge (Québec), à l'invitation de l'association survivaliste Préparation Québec
29 septembre 2012 : Alian Soral et Piero San Giorgio confèrent devant un verre de bière à Rivière-Rouge (Québec), à l’invitation de l’association survivaliste Préparation Québec

Fin septembre 2012, Alain Soral et Piero San Giorgio se sont rendus au Québec où ils ont donné deux conférences. On a également retrouvé Piero San Giorgio en invité d’honneur de Laurent Ozon lors de la relance récente de son mouvement Maison Commune le 21 septembre 2012. Susceptible de marcher sur les plate-bandes du mouvement décroissantiste, le survivalisme est régulièrement dénoncé par le journal La Décroissance.

D’autre part, E&R ou des organisations proches ont organisé des conférences portant sur des théories du complot sanitaires avec Salim Laïbi alias Le Libre Penseur (dentiste marseillais pour qui le VIH n’existe pas), feue Sylvie Simon (écrivaine défendant des théories du complot sur la santé et l’alimentation), Claire Séverac (ex-chanteuse auteure du livre Complot mondial contre la santé) ou Corinne Gouget (qui dénonce de manière paranoïaque les additifs alimentaires et qui était présente au « Congrès de la Dissidence » organisé le 4 mai dernier à Bruxelles par le député belge d’extrême droite Laurent Louis).

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Les Identitaires

Affiche de promotion du repas du « terroir d'Ile de France » organisé par les Identitaires parisiens le 11 décembre 2009
Affiche de promotion du repas du « terroir d’Ile de France » organisé par les Identitaires parisiens le 11 décembre 2009

Ces dernières années, les Identitaires aussi se sont montrés actifs dans le champ de l’écologie, que ce soit en montant en 2010 « un réseau de distribution directe de produits agricoles entre  parisiens préoccupés par tout ce qui favorise l’enracinement et agriculteurs traditionnels » qui se voulait « inspiré des Amaps »7 puis en montant en 2011 une véritable Amap dans la région de Dijon, dans la lignée de l’implantation locale en 2008 de La Desouchière, énième maison identitaire (on connaît aussi la Vlaams Huis et Ti Breizh, aujourd’hui fermée). Le Projet Apache, branche parisienne de Génération identitaire, a organisé fin 2009 un repas du « terroir d’Ile de France » avec pour slogan « Penser global, manger local »8.

Photo de propagande identitaire pour la "marche des cochons" du 14 mai 2011 à Lyon.
Photo de propagande identitaire pour la « marche des cochons » du 14 mai 2011 à Lyon.

Enfin, les identitaires se sont fait remarquer en 2010-2011 par leurs manifestations contre la « malbouffe » visant notamment la chaîne de restauration rapide Quick, jugée coupable d’avoir ouvert des restaurants halal. Lors de ces manifestations, ils avaient pris pour habitude de porter des masques de cochons, à l’instar de celle qui s’est déroulée à Lyon le 14 mai 2011 à l’initiative du groupe Rebeyne. Un des discours favoris de cette mouvance consiste à lier la dénonciation de la viande halal (et notamment du mode d’abattage des animaux, en oubliant au passage que pour des raisons de coût et de gain de temps, bien des animaux ne sont pas étourdis même lors des abattages « normaux ») et celle d’une supposée « islamisation » de la France. La Fondation Bardot, elle, y rajoute la viande casher.

Réfléchir et Agir, Terre et Peuple, le Mouvement d’Action sociale, La Dissidence, Le Lys noir… On ne compte plus les groupes qui à l’extrême droite tentent d’investir le terrain de l’écologie, tout comme ils tentent de le faire avec le social. Et le phénomène n’est pas que français, puisqu’en Allemagne, une soixantaine d’exploitations bio seraient tenues par des militants du NPD.

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Les animalistes

Affiche de la FBB et de Sea Shephard contre la chasse aux dauphins aux Iles Feroes, 2010. Cette affiche a fait polémique de part sa connotation anti-IVG.
Affiche de la FBB et de Sea Shephard contre la chasse aux dauphins aux Iles Féroé, 2010. Cette affiche a fait polémique de part sa connotation anti-IVG.

L’emprise de Brigitte Bardot sur le mouvement animaliste, via les nombreux financements que sa Fondation octroie, est connue et rend très difficile toute critique de ses idées xénophobes et réactionnaires au sein de ce mouvement par ailleurs majoritairement caractérisé par une absence de réflexion politique sérieuse, au profit de la mise en avant de postures morales9.

Le meurtre du militant antifasciste Clément Méric le 5 juin 2013 par un militant des Jeunesses nationalistes révolutionnaires de Serge Ayoub a mis en lumière des tentatives d’infiltration de la droite la plus radicale, sujet d’inquiétude croissant pour les militants antifascistes engagés dans la cause de la libération animale. En effet, Esteban Morillo, l’assassin de Clément, avait participé en novembre 2012 à une manifestation contre la fourrure au sein d’un petit cortège de Section Défense Animale, un faux-nez de Troisième Voie. Aux côtés de Morillo ce jour-là, Katia Veloso, elle aussi impliquée dans le meurtre de Clément, mais surtout Nathalie Krier, alors candidate aux élections à la SPA et activiste de la Fondation Bardot.

La même Krier a également été investie (nous ignorons si elle l’est encore) dans le Comité radicalement anticorrida (Crac), aux côtés de Jérôme Lescure10, auteur d’un film controversé sur l’Animal Libertion Front (ALF) sorti fin 2012 mais néanmoins soutenu par Charlie Hebdo, Le Vivre ensemble (émission de Radio libertaire), mais aussi Sea Sheperd, la Fondation Bardot, le Klan du Loup (organisation fasciste ayant un logo inspiré de la Waffen-SS11) ou encore le réseau de refuges belges Animaux en Péril12, qui a accueilli en août 2013 un rassemblement animaliste dont ont été exclus environ soixante-dix antifascistes qui demandaient un débat collectif sur ces problèmes. Dès lors, est-ce un hasard si lors d’une action à Bayonne le 9 août 2013, le Crac a publié le communiqué suivant, renvoyant dos-à-dos extrême droite et extrême gauche et menaçant de livrer des militants aux autorités13 ?

« Nous souhaitons par ailleurs dénoncer les tentatives de plus en plus nombreuses d’infiltration des actions en faveur du droit des animaux de la part de groupuscules d’extrême-gauche et d’extrême-droite. […] Dorénavant, le CRAC Europe fera un rappel de son positionnement en début de chaque manifestation ou action. S’il est organisateur, il remettra immédiatement aux forces de l’ordre les perturbateurs identifiés. »

Enfin, parmi les blogueurs influents de cette sphère, notons aussi Maxime Ginolin alias MagickJack, lui aussi proche de Krier et adepte de diverses théories du complot.

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Les catholiques réactionnaires

Si depuis qu’elles sont apparues comme un enjeu politique majeur, les problématiques écologistes ont occupé une bonne part des réflexions des courants se revendiquant du christianisme social ou de la théologie de la libération14, on constate cependant depuis quelques mois une offensive des courants catholiques les plus réactionnaires sur ce terrain, émanant tant des instances de l’Église catholique que de mouvements ou d’individus se revendiquant du catholicisme.

Lire notre dossier « Les nouveaux papes de l’écologie » →

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Quelques ponts confusionnistes

Le mouvement décroissantiste est sans doute au sein de l’écologie un des plus perméables à ces ponts, et le thème de la décroissance un des concepts écologistes les plus repris par l’extrême droite, y compris en en dénaturant le propos pour parler de « décroissance migratoire »15. Outre le cas Latouche qui a pu entretenir quelques liens avec la Nouvelle Droite (et dont le relativisme culturel est très problématique), rappelons le soutien que Paul Ariès apporte encore aujourd’hui à René Balme, cet ex-élu Front de Gauche et propagandiste complotiste16, ou encore celui de Vincent Liegey, qui a été à la fois porte-parole du Parti pour la Décroissance (il l’est d’ailleurs toujours) et cadre de l’association complotiste ReOpen911, dont il semble s’être détaché depuis17. Est-ce un hasard si la ligne du journal phare de ce courant, La Décroissance, est de plus en plus confuse ?

Le mouvement anti-technologie, qui a de nombreuses affinités avec l’écologie et la décroissance, n’est pas en reste. Outre quelques déclarations passées très douteuses de L’Encyclopédie des nuisances sur la pilule ou l’accouchement sous péridurale dignes de Civitas sous prétexte d’asservissement supposé de la femme à la technologie18, ce sont surtout Pièces et Main d’Oeuvre (PMO) et son éditeur, les Editions L’Echappée, qui se sont illustrés ces derniers mois. PMO a ainsi publié depuis un an plusieurs tribunes contre les antifascistes (qui oublieraient le « fascisme technologique »), un texte issu de L’Ecologiste adoptant un positionnement anti-mariage gay et anti-PMA19 (texte également relayé par Fabrice Nicolino20), et a donné une interview au webzine à tonalité réactionnaire RageMag21. De leur côté, Les Editions L’Échappée ont publié récemment un livre dans lequel on retrouve un article à la gloire du penseur réactionnaire Jean-Claude Michéa rédigé par un proche de Soral, Charles Robin, et un autre sur Pasolini rédigé par Olivier Rey, catholique créationniste anti-« théorie du genre » (voir ici). Alors que la maison d’édition reconnaît ne pas avoir vérifié ses sources, elle se défend en dénonçant les antifascistes pour avoir rendu l’affaire publique22 et en appelant à la vigilance… des autres23 ! Or, ces cas sont malheureusement de moins en moins isolés, comme en témoigne le succès récent du réactionnaire Alexis Escudero auprès de certains militants anti-technologie ou libertaires…

Mais même des figures de l’écologie politique ne sont pas épargnées. La prise de position anti-PMA (procréation médicalement assistée) de José Bové devant plusieurs médias catholiques le 30 avril 2014 a fait polémique24. Quant à Pierre Rabhi et ses Colibris, ils sont également au cœur de collusions douteuses. Encore aujourd’hui, EELV est régulièrement approché par des personnages sulfureux, que ce soit Antoine Waechter ou Jean-Marc Governatori, tandis que Les Verts ont dû exclure en 2005 l’une de leurs fondatrices, Ginette Skandrani25, pour négationnisme. Moins connue mais très active dans la préservation des semences paysannes, l’association Kokopelli diffuse sur son blog les théories du complot de Sylvie Simon entre autres26. Son président, Dominique Guillet, ne croit pas au réchauffement climatique et il l’écrit27.

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Des médias au service de la confusion

Cette ligne confusionniste dispose pour prospérer de ses propres médias, essentiellement sur Internet. Le principal est sans doute le site Reporterre, tenu par l’ex-journaliste du Monde Hervé Kempf, qui est prêt à relayer quiconque s’auto-proclame un tant soit peu écologiste.

Autre exemple : Le Cercle des Volontaires, webzine confusionniste proche de divers mouvements d’extrême droite, qui s’intéresse lui aussi de près à l’écologie, relayant des théories du complot (par exemple sur les « chemtrails »28), mais aussi les thèses et activités de Pierre Rabhi, des initiatives de la Confédération paysanne, l’université d’été 2012 des Alternatifs, Kokopelli, certains rendez-vous contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou les gaz de schiste. L’équipe a également couvert une manifestation contre Monsanto le 25 mai 2013. Aux côtés des institutionnels de la lutte anti-OGM (Marie-Monique Robin, le Crigen, Kokopelli, Greenpeace) s’étaient retrouvés ce jour-là les Colibris, Zeitgeist et Corinne Gouget. Depuis, il continue de couvrir régulièrement ces sujets et cette ligne se retrouve chez son pendant webtélévisuel, l’Agence Info Libre, ou sur un autre webmedia à succès, Mr Mondialisation, dont les vidéos à forte tonalité conspirationniste atteignent des dizaines voire des centaines de milliers de vues.

Encouragés par ces relais, des militants d’extrême droite ou des conspirationnistes on tenté à plusieurs reprises de s’introduire sur la lutte de Notre-Dame-des-Landes, sans grand succès heureusement. Un des exemples était feu Erick « Bozz » Mary, fondateur du mouvement quenello-nationaliste FFI 2.0. Il est également arrivé qu’on les retrouve sur les luttes anti-gaz de schiste, par exemple à Lézan fin août 2011, où même des mouvements sectaires avaient pignon sur rue29. Pourtant, les événements récents à la Zad du Testet, lors desquels le syndicat agricole FNSEA avait monté des milices violentes contre les zadistes, montrent à quel point les productivistes et les réactionnaires de tout poil ne sauraient être les alliés des luttes écologistes30, et aussi que, face à eux, nombre de militants savent heureusement s’organiser et résister31.

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Conclusion

On le voit, la vigilance est de mise pour les écologistes concernant l’offensive menée actuellement par l’extrême droite. Malheureusement, la naïveté de beaucoup, le manque d’analyse politique de certains qui préfèrent penser ces problématiques sur des bases qui techniques, qui morales mais en général déconnectées du social et de toute critique du capitalisme, la perméabilité aux thèses pseudo-scientifiques et mystiques font qu’il est facile pour des mouvement par nature opportunistes de s’engouffrer dans la brèche. Un combat efficace contre ces dérives ne peut être mené qu’à condition d’avoir un mouvement écologiste inscrit dans les autres luttes, avec une vision proprement révolutionnaire du monde32.

O. G.


En complément, nous vous conseillons :

Critique de la société industrielle et écologie radicale, de la nécessité d’un positionnement social et antifasciste ! par Carnet de Bord d’un Antifa (20 avril 2014)

Extrême droite : Les liaisons dangereuses bruns-verts, par Alternative libertaire (12 janvier 2015)

Extrême droite et écologie, interview de Stéphane François parue dans Les Inrocks et reprise par La Horde (28 décembre 2014)

La « Nouvelle Ecologie » du Front National, par Esprit critique révolutionnaire (28 janvier 2015)


Mise à jour, 28 juin 2015, 19h40 : ajout d’une phrase sur les lois nazies de protection animale et d’une note sur les contributeurs de gauche de la revue Krisis.

Mise à jour, 17 juillet 2015, 16h07 : ajout d’une phrase sur Maxime Ginolin.

Mise à jour, 6 août 2015, 19h30 : ajout d’une note sur l’association Peta.


A (re)lire sur Confusionnisme.info :

Les catholiques et l’écologie
Ecologie, Monnaie… Le clan Rabhi à l’avant-garde de la confusion
Nettoyage chez Reporterre : encore un effort !
Gaultier Bès : catho-pop et écolo-réac
La Décroissance par l’incohérence ?
Dans La Décroissance, une BD qui fait Führer
Saint-Nazaire : des militants de la CGT et des élus FN brisent une lutte écologiste
L’extrême droite mobilisée contre une ferme industrielle dans la Creuse
L’Agence Info Libre, organe de propagande présentable de l’extrême droite
Yves Calvi, Eric Dénécé et les fascistes ukrainiens de Notre-Dame-des-Landes
Paris Zone de Combat, nouveau webzine réactionnaire
Découvrez Thierry Casasnovas, le gourou du « manger cru »
Strasbourg : portrait des deux fachos anti-Monsanto


Image de « une » : Logo du Collectif Nouvelle Ecologie, promoteur d’une « écologie patriote » au sein du Rassemblement Bleu Marine (RBM)

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  1. Notons d’emblée que contrairement à une idée reçue, cette dernière est de toute façon loin d’avoir le monopole du discours écologiste : des courants de droite plus classiques ont toujours été actifs au sein du mouvement, et ont même largement participé en France à sa structuration, à tel point qu’en 1978, la majorité des voix écologistes est allée à Valéry Giscard d’Estaing. Sur ce sujet, lire la contribution de Gilles Richard, « L’élection présidentielle des 26 avril et 10 mai 1981 : fin ou péripétie de « la société libérale avancée » ? » dans Serge Berstein et Jean-François Sirinelli (dir.) Les années Giscard. 1978-1981 : les institutions à l’épreuve ? Armand Colin, 2010, pp. 99-104. 

  2. Nous nous intéresseront exclusivement ici aux mouvements réactionnaires et d’extrême droite, avec un petit détour en fin d’article vers quelques acteurs du confusionnisme, mais nous n’aborderons pas la question des mouvements sectaires et mystiques qui pullulent aussi dans certaines luttes et qui mériteraient la rédaction d’un autre article. 

  3. Sur Vichy et son rapport au monde rural, lire Robert O. Paxton, La France de Vichy 1940-1944, Editions du Seuil 1973-1997, collection Points Histoire, pp. 253-262. 

  4. Passé du Parti radical au PPF de Doriot, il fréquente des milieux allemands pendant la guerre tout en participant à la Résistance. Après guerre, il devient une figure du libéralisme économique tout en prenant part à l’élaboration de la pensée écologiste. Lire Olivier Dard, Bertrand de Jouvenel, Perrin, 2008. 

  5. Mais aussi Jacques Julliard, Jean-Luc Mélenchon, Gisèle Halimi ou Bernard Langlois, ce dernier tweetant encore aujourd’hui à l’occasion des textes d’Alain de Benoist : twitter.com/panouille/status/327719464768503808 

  6. C’est-à -dire Mamère, Voynet ou Cohn-Bendit (sic) : minute-hebdo.fr/tout-minute/actualites/616-entretien-avec-antoine-waechter-conseiller-regional-dalsace-chez-les-verts-la-culture-dextreme-gauche-fait-tout-foirer 

  7. Voir le site des identitaires parisiens sur Archive.org

  8. Voir sur Archive.org 

  9. De plus, si elle en a l’occasion, la Fondation Brigitte Bardot n’hésite pas à tenter d’étouffer les critiques par la voie judiciaire. S’agissant de xénophobie, notons aussi celui de Paul Watson, le leader de Sea Shephard : http://alerte-environnement.fr/2013/11/15/quand-des-journalistes-servent-la-soupe-a-paul-watson/ Voir aussi

  10. Délaissant toute analyse de classe, l’homme pense que « L’être humain est surprotégé par rapport au reste du règne animal, et se donne le droit de l’exploiter. Moi, je suis militant et je suis né comme ça. Mon combat, c’est les animaux, je ne sais pas l’expliquer. […] Oui, c’est l’ultime combat. » animauxenperil.be/pdf/pdf-publications/interview-jl.pdf 

  11. Voir le site vegan straight-edge La Terre d’abord

  12. alf-lefilm.com/les-partenaires-ins110.html 

  13. anticorrida.com/actu/tous-ensemble-a-bayonne-2/ 

  14. En France, ce sont par exemple le pasteur Stéphane Lavignotte (Ensemble!) et le philosophe marxiste Michaël Löwy (NPA) qui contribuent à promouvoir aujourd’hui la vision écologiste de ces courants progressistes du christiannisme. 

  15. la-dissidence.org/2013/07/29/debat-laurent-ozon-albert-ali/ 

  16. Sur son site Oulala.info, toujours confusionnsite, René Balme relaie également les luttes écologistes. S’agissant d’Ariès, on peut aussi se demander au vu de son discours très républicain comment il entend promouvoir une société de la décroissance sans remettre en cause l’État, pourtant bras armé du capital. 

  17. Sous le pseudonyme Kyja, il a interviewé en 2008 Thierry Meyssan pour cette association. Parmi les autres leaders de ce groupe, on trouve plusieurs militants d’extrême droite ou confusionnistes. Depuis de nombreux mois, on ne trouve cependant plus trace de ReOpen911 sur le Facebook de Vincent Liegey. 

  18. « Car c’est chaque fois de manière à nous dispenser de savoir exactement ce que l’on fait, d’en avoir la pleine intelligence ; en nous fournissant le confort de n’avoir pas à être entièrement conscients de nos actes et d’en éprouver les déterminations contraires : de n’avoir pas, en quelque sorte, à être là en personne. C’est toujours une infantilisation, que ce soit par le voyage instantané en avion ou le paiement avec une carte de crédit, le récepteur d’image à domicile ou la lecture assistée par ordinateur; par la contraception hormonale ou l’accouchement de confort sous péridurale. », cité dans la brochure Contre l’Encyclopédie des nuisances – Contribution à une critique du situationnisme écrite en 2001 par D. Caboret, P. Dumontier, P. Garrone et R. Labarrière 

  19. piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=427 

  20. Fabrice Nicolino se félicite par ailleurs de l’amitié qui le lie à Thierry Jaccaud, rédacteur en chef de L’Écologiste : http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=1590 

  21. piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=453 

  22. Dans l’émission « Les Amis d’Orwell » diffusée sur Radio libertaire le 7 mars 2014 

  23. Ce communiqué est intégralemment cité ici. Voir aussi

  24. Même si la polémique vient peut-être surtout du choix des médias dans lesquels elle c’est exprimée plutôt que par contenu de cette prise de position, qui n’a pas grand chose à voir avec les arguments de la Manif pour Tous, même si elle a pu lui apporter du grain à moudre. 

  25. Candidate par la suite sur la liste du parti antisioniste, elle s’illustre également dans la défense des régimes dictatoriaux du monde arabe. 

  26. Voir ici : kokopelli-semences.fr/la_coalition_des_clowns_psychopathes et là : kokopelli-semences.fr/nouvelles_de_kokopelli_dcembre_2010 

  27. liberterre.fr/gaiasophia/gaia-climats/generaux/caniculs.html 

  28. Théorie du complot selon laquelle les avions, non contents de polluer, épendraient en fait des maladies et des produits chimiques pour manipuler la population, changer le climat, etc. Des partisans de cette thérorie sont présents chaque 1er mai à paris et ont déjà diffusé leur propagande à Notre-Dame-des-Landes. 

  29. Comme l’a relaté l’équipe de la radio Fréquence Paris Plurielle. 

  30. Citons aussi le cas de ce journaliste d’extrême droite « infiltré » au Testet pour Valeurs Actelles

  31. Au passage, on peut noter l’opportunisme de la FNSEA, syndicat marqué à droite, qui s’oppose par exemple à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, mais uniquement dans l’espoir de récupérer des terres sur la zone humide concernée et qui est de toute façon complètement absente de la lutte anti-aéroport. 

  32. A ce titre, il convient de réfléchir à la proximité des pensées marxiste et écologiste