Lutte des classes : quand Judith Bernard agite son hochet…

Judith Bernard, ex-disciple d’Etienne Chouard, a conservé de son enseignement sa fascination pour le tirage au sort comme mode de gouvernement. Voici ce qu’elle explique dans une interview publiée hier sur le site du Comptoir :

« Cette histoire d’absence de lutte des classes parmi les tirés au sort est complètement fausse. Prenons une assemblée constituante de mille personnes tirées au sort, par exemple. Statistiquement, elle comporte 90 % de personnes des classes dominées et 10 %, maximum, des classes dominantes. Ils vont devoir se prononcer sur beaucoup de sujets, par exemple le droit de propriété : doit-on le garder comme avant ? Doit-on rejoindre le sociologue Bernard Friot : oui à la propriété d’usage, non à la propriété lucrative ? Il est évident qu’il y aura discussion, et qu’il y aura une lutte des classes, organisée dans des conditions qui rendent possible une résolution. Les dominants s’y opposeront mais les dominés voudront négocier. Et ça va s’engueuler ! Et c’est ça, la lutte des classes, c’est la contestation du droit d’autrui. Mais là, la force du nombre va être restituée. Les dominés pourront se faire entendre par le vote de fin, au lieu que ce soit l’argent et la force des armes qui l’emportent, comme depuis des siècles. Dans une assemblée tirée au sort, la lutte des classes a lieu mais elle est purement argumentative. »

On voit de là le tableau : classes dominantes et classes dominées s’asseyant tranquillement autour d’une table pour « négocier » la longueur de la chaîne sans que, dans ce monde merveilleux, lesdits dominants ne cherchent à aucun moment à contester le vote de la majorité des dominés, si ce n’est de manière « purement argumentative », et tout en conservant, on le suppose, leur position de dominants. On croit rêver ! Mais on comprend la logique : Judith Bernard appartenant elle-même aux classes dominantes de la société, à savoir la bourgeoisie intellectuelle, elle n’a au fond aucun intérêt à l’abolition de ses privilèges de classe, aboutissement logique de la lutte des classes, qui ne saurait triompher sans heurts. C’est pourquoi il lui est nécessaire de désarmer l’hypothèse d’une révolution sociale, et c’est à cela que sert dans son discours le hochet du tirage au sort. (Source : comptoir.org/2015/07/08/judith-bernard-tirage-sort-poursuite-democratie/)

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