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Une organisation d’extrême gauche contre l’antisémitisme

Nous reprenons, avec son autorisation, un texte de Nicolas Dessaux initialement publié le 25 septembre 2015 sur le site de l’Initiative communiste ouvrière. Si cet article présente les positions de cette organisation sur la question de l’antisémitisme, les interrogations qu’il soulève s’adressent plus généralement à l’ensemble de la gauche radicale et des organisations et individus se reconnaissant dans l’internationalisme.

Confusionnisme.info


Une organisation d’extrême gauche contre l’antisémitisme

Depuis sa création, l’Initiative communiste ouvrière s’est engagée clairement et fermement dans la lutte contre l’antisémitisme.

On ne devrait pas avoir à le souligner, puisque cela devrait faire naturellement partie de la lutte de la gauche ouvrière et révolutionnaire contre toute forme de discrimination. Mais dans le contexte actuel, il est important de le souligner et de l’expliquer. La montée des actes antisémites, leur banalisation dans l’espace public, leur transformation en simple faits divers dans les médias, les crimes contre des juifs, enfants comme adultes, s’accompagne d’un déni croissant dans l’extrême gauche au sens large.

En parallèle, on a vu fleurir un discours accusateur dirigé contre l’extrême gauche en général, sur le thème : l’extrême-gauche est devenue antisémite. C’est un raccourci dangereux et surtout insultant pour les militants et militantes révolutionnaires qui luttent contre l’antisémitisme.

Il est vrai que si les organisations maintiennent formellement un discours de vigilance, on voit fleurir dans le discours des militants, des sympathisants, des formes diverses de ce déni, des confusions dangereuses, quand ce n’est pas un antisémitisme à peine masqué. Les réseaux sociaux sont un révélateur de ce confusionnisme ambiant, qui permet à l’extrême-droite de faire diffuser ses idées par des gens qui se croient de gauche. Pire, des groupes d’extrême-droite parviennent à prendre part dans l’organisation d’événements marqués à gauche, comme Alternatiba, sans que cela suscite de tollé. La stratégie de brouillage, dite de gramscisme de droite, telle qu’elle a été définie dans les années 1970 par la Nouvelle Droite, fonctionne à plein régime.

Deux stratégies bien rodées ont été mises en place pour organiser le déni. La première consiste à lancer dans le débat, chaque fois que l’on évoque l’antisémitisme, l’islamophobie, comme si une discrimination était plus importante qu’une autre, ou comme si cela pouvait servir d’explication. Le résultat est efficace : la discussion s’enlise dans les nombreux débats autour de l’islam, de l’islamisme, du voile et de la laïcité, questions importantes, mais qui esquivent la question de l’antisémitisme et de la manière dont on s’y oppose. Il faut traiter chacune d’elle avec sérieux, mais pas se servir de l’une pour occulter l’autre.

La seconde consiste à importer l’oppression des Palestiniens dans le débat, ce qui équivaut à considérer les juifs de France et d’Europe dans leur ensemble comme partisans de la politique du gouvernement Israélien, indépendamment de leurs opinions personnelles et des raisons pour lesquelles ils se considèrent comme juifs. Bref, c’est une autre manière de dévier le débat et de nier l’antisémitisme, voir de considérer que s’il existe, c’est de la faute des juifs. Le slogan féministe dit que la cause des viols, ce sont les violeurs. Il en va de même ici : la cause de l’antisémitisme, ce sont les antisémites.

Lorsqu’on s’engage contre l’antisémitisme, deux formules reviennent souvent, sous la forme d’accusations ou de soupçons. La première sous la forme de question : vous êtes juifs ? Étrange question. Pourquoi faudrait-il être juif pour lutter contre l’antisémitisme ? C’est, comme toute forme de racisme, une question qui concerne l’ensemble de la société. Cela concerne toutes celles et ceux qui luttent sincèrement contre les discriminations. Cela fait partie de notre combat contre le nationalisme et le racisme. C’est une bonne chose que des révolutionnaires juifs s’organisent contre l’antisémitisme, comme le fait un appel récent, de même que les tentatives de revitaliser les organisations de la tradition socialiste juive. Mais le combat contre l’antisémitisme concerne l’ensemble du mouvement social et c’est à ce titre que nous en sommes partie prenante.

La seconde accusation consiste à déclarer que nous sommes des partisans du gouvernement israélien, ou pour employer leur vocable, des sionistes. Peu leur importent alors les nuances, le fait que bon nombre de sionistes de gauche ne défendent pas le gouvernement israélien et se prononcent en faveur des droits des Palestiniens : l’opprobre qu’ils attachent au mot sioniste emporte toutes ces nuances. Les plus acharnés, ceux qui flirtent avec les rouges-bruns tout en clamant leur antifascisme, vont jusqu’à nous accuser de travailler pour le Mossad…

Au risque de les décevoir, notre ligne a toujours été opposée au gouvernement israélien. Nous défendons les droits des Palestiniens et des Palestiniennes à vivre dignement, sans subir les humiliations quotidiennes, la misère, la répression et les bombes. Nous défendons leur droit de choisir un état séparé, quelque soit notre antipathie pour toute forme d’état. Nous soutenons les mouvements pacifistes en Israël, ainsi que les mouvements sociaux dans ce pays, à commencer par les luttes pour le logement et celles des migrants contre le racisme. Lorsque nous critiquons les politiques réactionnaires du Hamas ou du Hezbollah, la soumission des syndicats au mouvement nationaliste ou que nous dénonçons la place des femmes dans la société palestinienne, ce n’est pas certainement pas un soutien à la politique israélienne, mais la conviction que les luttes ouvrières, antiracistes et féministes sont la clef de la l’émancipation, là-bas comme ici. Par contre, importer systématiquement la cause palestinienne dans le débat, de manière obsessionnelle, en faire l’alpha et l’oméga de toute prise de position politique, se draper dedans pour excuser l’antisémitisme, voir le propager sous couvert d’antisionisme, c’est quelque chose que nous ne pouvons pas accepter. Les Palestiniens ont déjà assez de problèmes pour mériter de tels « amis ».

La vérité est plus simple : nous n’avons besoin ni d’excuses, ni de motivations cachées pour notre lutte contre l’antisémitisme. Elle fait partie de notre combat universaliste contre le racisme, un point c’est tout.

Nicolas Dessaux


A (re)lire sur Confusionnisme.info :

Pas au nom de la cause palestinienne !
Un témoignage sur l’antisémitisme dans le mouvement pro-palestinien

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