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Ukraine : le retour des fascistes français partis combattre au Donbass

Certains des Français partis combattre au Donbass (Est de l’Ukraine) sont désormais rentrés1, dont un de leurs leaders, Victor Alfonso Lenta, militant d’extrême droite et ancien militaire. Sur le plateau de la webTV conspirationniste MetaTV, ce dernier est revenu sur son aventure guerrière, en compagnie du présentateur Tepa2 et d’Alain Benajam, du Réseau Voltaire. Un document édifiant, en ce qu’il permet de mieux comprendre les logiques idéologiques à l’oeuvre derrière les alliances contre-nature que l’on a pu observer sur le terrain, mais aussi par quels raisonnements tortueux un vieux militant communiste, Alain Benajam, a pu en venir à soutenir corps et âme le combat de militants néo-fascistes, sans y voir de contradiction avec ses engagements précédents. Nous vous proposons donc, à titre documentaire, une transcription commentée de certains extraits de la première et de la deuxième parties de cette émission. Si vous découvrez le sujet, nous vous conseillons la lecture préalable de notre précédent article : « Ukraine : le mouvement antifasciste européen dans la tourmente ? »

On savait déjà que le conflit ukrainien avait suscité des vocations guerrières et aventuristes ayant conduit sur le terrain à d’improbables alliances entre militants se réclamant de l’antifascisme et activistes d’extrême droite, l’un des cas les plus documentés étant la brigade Prizrak, qui a réuni sous la bannière d’Unité continentale des anciens de Troisième voie, des nationalistes serbes et des communistes espagnols dont un des camarades avait pourtant été poignardé quelques temps avant par des nationalistes à Madrid. Victor Lenta, ancien militaire et ex-membre des Jeunesses nationalistes qui est rentré en France fin septembre ou début octobre, nous permet d’en apprendre plus sur la manière dont tout ceci a fonctionné.

L’union de la carpe et du lapin

Arrivés les premiers, les communistes espagnols auraient selon lui rejoint les Français pour bénéficier de l’entraînement de professionnels, s’ennuyant jusque là dans les missions qu’on leur confiait, à savoir la garde de postes de contrôle. Lenta ne cesse en effet dans cet entretien de vanter les mérites de son savoir faire et de celui de son camarade franco-serbe Nikola Perovic, tous deux anciens militaires. A l’en croire, les rebelles n’auraient bénéficié d’aucun soutien russe3 et auraient donc été ravis de recevoir des gens capables de les entraîner selon « les techniques de l’Otan », institution que pourtant les uns et les autres ne cessent de conspuer.

Il y a quelques mois, nous nous interrogions sur le caractère un brin schizophrène de ces antifascistes pas gênés de côtoyer ainsi des ultra-nationalistes. C’était en fait encore pire que ce qu’on présumait, en tout cas du côté espagnol :

« Ben les Espagnols, les communistes espagnols, eux, étaient staliniens par exemple. […] Andrés, que je salue, était très bien. Le responsable des communistes espagnols disait : « écoutez, nous, pas d’idéologie avec vous, l’ennemi c’est l’impérialisme, c’est l’Otan, c’est les USA. » par contre, oui, heureusement qu’il y avait une discipline quand même parce que entre Espagnols, après, on a eu deux nationalistes espagnols qui sont venus. Et les Espagnols avec leur sang chaud et tout ça, bon, heureusement qu’il y avait une discipline. […] On a reçu également un indépendantiste catalan, donc de l’Espagne on a eu : les nationalistes espagnols, les communistes espagnols plus les indépendantistes catalans. Donc heureusement qu’il y avait des disciplines pour maintenir tout ça. Mais heureusement on se retrouvait sur le front. Mais c’est vrai que les nationalistes espagnols traînaient plus avec les nationalistes français qu’avec les communistes espagnols. Mais ils arrivaient quand même… Il n’y a pas eu de tentatives de bagarres en tout cas. […] C’était déjà beau qu’ensemble on ait une unité comme ça. »

Volontaires français d'Unité continentale et communistes espagnols au Donbass. On reconnaît, de gauche à droite : le drapeau russe, l'un des drapeaux des insurgés, le drapeau français et celui de la République espagnole.
Volontaires français d’Unité continentale et communistes espagnols au Donbass. On reconnaît, de gauche à droite : le drapeau serbe, l’un des drapeaux des insurgés, le drapeau français et celui de la République espagnole.

Lenta en tout cas n’a rien trouvé à y redire, de son point de vue nationaliste, lui qui décrit la brigade Prizrak comme étant composée de « soldats politiques » souhaitant opérer la « synthèse du socialisme et du nationalisme orthodoxe » : « j’ai trouvé que c’était très beau : on avait donc des nationalistes serbes, des nationalistes français qui travaillaient main dans la main avec des communistes espagnols au sein de la même brigade. Donc ça résumait bien notre combat, la synthèse des grandes idées du 21e siècle pour faire un même front au combat contre l’impérialisme. » Cela démontre surtout l’incroyable opportunisme des idéologies autoritaires, qu’elles soient d’obédience stalinienne ou fasciste.

Lenta petit soldat

Nous n’allons pas revenir en détail sur les diverses pérégrinations qui ont conduit les nationalistes français en Ukraine, et qui sont pour une part dignes d’une bande de bras cassés, puisque même les autorités russes, méfiantes, n’ont pas voulu les laisser passer et qu’ils ont finalement dû rejoindre le front via Kiev, contribuant à alimenter une guerre dont la population ne voulait pas4. La seule information notable à ce niveau est qu’à leur arrivée, ils ont été un temps en planque dans la ville russe Rostov-sur-le-Don, qui – toujours d’après le récit de Lenta – servait de base arrière à la fois aux pro-russes et aux nationalistes ukrainiens de Pravyi Sektor.

L’ancien para raconte également être repassé plus tard, toujours clandestinement, dans cette ville pour organiser le recrutement d’autres volontaires, et avoir alors été hébergé par des membres des réseaux eurasistes proches d’Alexandre Douguine, dont Lenta semble partager l’idéologie pan-slave, puisqu’il décrit cette guerre non comme un conflit entre Ukrainiens mais entre Slaves : « Une guerre entre Slaves, une guerre fratricide. C’est une guerre civile. Ceux qui s’affrontent, ils ont appartenu à la même nation, même si le concept de nation est à revoir peut-être dans ce cas-là, mais ils ont été frères, ils ont été slaves en tout cas, au moins c’est des frères ethniques. » Pour Lenta d’ailleurs, « l‘Ukraine n’est pas du tout une nation, ce n’est pas une communauté de destin au sein de l’universel, c’est impossible, il y a trop de difrences culturelles, il y a eu trop d’affrontements, il y a des minorités hongroises, polonaises, il y a la Galicie… » A son sujet, il parle même d’« ex-Ukraine ». C’est aussi au nom du pan-slavisme que les nationalistes serbes ont rejoint la bataille5.

Qu’ont bien pu faire les Français d’Unité continentale là-bas ? Au départ confondus avec des humanitaires, Lenta lui-même reconnaît que les premières missions qui leur ont été confiées une fois leur statut de combattants reconnu, patrouilles de reconnaissance et opérations de police, étaient « un peu n’importe quoi ». Jugeant sévèrement les premiers combattants de la Novorossia auxquels il a eu affaire, et qui se caractérisaient apparemment par un grand amateurisme, Lenta explique que « pour des soldats professionnels on trouvait ça complètement suicidaire […] de travailler avec eux et que c’était très dangereux, du fait de la langue, du non-professionnalisme et du manque de matériel ».

Comme on pouvait s’en douter, cet engagement des nationalistes français a donc avant tout relevé d’une opération de propagande : « et là ils ont commencé à comprendre que oui, ils pouvaient nous utiliser militairement et aussi au niveau de la com. Effectivement les volontaires étrangers permettaient de mettre en avant leur combat, surtout à l’Ouest où les médias faisaient complètement l’impasse ou parlaient très mal de la cause russophone. […] De suite, ils ont compris l’impact médiatique que ça pouvait avoir de présenter les Français dans le Donbass ». En fait, il semble que les chefs militaires des séparatistes aient été réticents à les équiper et à les envoyer au front, craignant sans doute qu’ils y meurent et que cela donne une mauvaise image de leur combat. Lenta raconte avoir dû insister pour se retrouver finalement sur le front de Marioupol l’hiver dernier.

L’ex-para semble fasciné par ceux qu’il appelle des « grands noms », des « idéalistes » et des « héros », et notamment par le chef de la brigade Prizrak, Alexeï Mozgovoï, dont il dit partager pleinement l’idéologie et qu’il décrit comme un « révolutionnaire », et plus précisément comme pétri d’« idées socialistes révolutionnaires et orthodoxes ». L’homme, décédé en mai dernier, était pourtant connu pour exercer un pouvoir arbitraire et appliquer une politique de ségrégation sexiste dans la petite zone qu’il contrôlait, pouvoir que les volontaires français ont de fait contribué à renforcer en prenant part à sa brigade. Lenta admire également Igor Guirkine dit Strelkov, qu’il décrit comme un « très grand guerrier ». Ce Russe, ancien mercenaire et membre des Spetsnaz en Tchétchénie6, est a lui seul une preuve de l’implication russe dans le conflit ukrainien, puisqu’il a été le ministre de la Défense de la République populaire de Donetsk de mai à août 2014. Parmi les autres leaders suscitant l’admiration de Lenta, citons un autre ancien militaire russe, Arseny « Motorola » Pavlov, chef du bataillon Sparta dans lequel servent également des volontaires étrangers et qui se serait aussi selon certains médias rendu coupable de l’exécution sommaire de prisonniers ukrainiens, mais aussi Pavel Goubarev, Ukrainien russophone idéologue du Parti de la Nouvelle Russie, qui compte parmi ses membres éminents des intellectuels proches de Vladimir Poutine. Invité à débattre en visio-conférence par la comité France-Donbass (une des nombreuses créations d’Alain Benajam) le 6 septembre 2014, Goubarev a souhaité la victoire de Marine Le Pen aux élections françaises7.

Mais pourquoi donc être rentré ? Sans doute parce que la guerre devenait ennuyeuse aux yeux de notre aventurier : au fur et à mesure, les « brigades populaires » se sont structurées en une véritable armée et surtout, le cessez-le-feu est de mieux en mieux respecté, avec selon Lenta une volonté grandissante des parties impliquées de faire respecter les Accords de Minsk.

La guerre ennuyeuse ? c'est ce que raconte l'administrateurs de la page "fan" du bataiilon Viking sur Facebook.
Ennuyeuse, la guerre ? C’est en tout cas ce que raconte l’administrateur de la page « fan » du bataillon Viking, dans lequel Guillaume « Lenormand » Cuvelier dit avoir servi sur Facebook.

Malheureusement, il ne compte pas en rester là : « Je vais bientôt repartir sur d’autres conflits. Je viens ici pour réunir des personnes, des moyens financiers et repartir là où on pourrait avoir besoin de moi. Je ne peux pas en dire plus à ce sujet », a-t-il expliqué peu après son retour à RT8.

La déchéance d’Alain Benajam

Le rôle joué par Alain Benajam, président du Réseau Voltaire France, dans ce départ des néo-fascistes français vers le Donbass est très intéressant. En effet, en mal de contacts sur place et ne parlant pas la langue, c’est vers lui que se sont tournés Lenta et sa bande. Benajam raconte donc au micro de MetaTV avoir connu Guillaume Cuvelier dit Lenormand, à l’époque membre de Troisième Voie, lors des manifestations de soutien à Kadhafi organisées pendant la guerre en Libye, une relation qui s’est renforcée lors des manifestations de soutien à Al-Assad. Au moment de partir au Donbass, c’est donc tout naturellement vers lui, qui a des contacts dans le monde russe, que nos gaillards se sont tournés. Invité à une réunion, Benajam raconte avoir été subjugué par ces militants néo-fascistes :

« Il y avait des gens de Troisième Voie, des potes de Serge Ayoub, qui venaient tout le temps pour la Libye. […] J’ai connu Guillaume. Et puis on avait sympathisé. Et un jour il m’appelle et il me dit : « ben tiens, tu pourrais venir, on fait une réunion, voilà, on voudrait partir dans le Donbass. » […] Alors bon, on a fait une réunion dans un café, dans un bar, et puis ils m’expliquent leur truc. Et eux ils viennent de ce qu’on peut appeler l’extrême droite classique. […] Maintenant, ça ne veut plus rien dire (Lenta se marre), mais dans le temps on appelait ça l’extrême droite. Des nationalistes. Et alors c’est curieux qu’ils font (sic) appel à un mec qui vient de la gauche pour ça. Et moi je les écoutés, il y avait cinq-six mecs […]. Et donc ils m’expliquent leur truc : « voilà, on veut faire ça. » Et moi j’ai des idées un peu stéréotypées, normalement, sur les nationalistes, c’est des mecs d’extrême droite, bon, des « fachos » (Benajam fait une grimace ironique). Et puis ils m’expliquent, surtout lui qui est très politique, Victor, hein, il m’explique le truc mais avec une vision politique extrêmement claire et bien construite, tu vois. J’ai pensé : « Tiens, ce mec-là, il y a trente ans, je le faisais adhérer au Parti communiste. » (éclats de rire) Hé oui ! Moi j’ai 29 ans de Parti communiste, si tu veux, avec une explication de ce qu’est l’impérialisme, de la raison de leur engagement, un truc carré, nickel chrome, ben moi je suis resté comme deux ronds de flanc. J’ai été stupéfait ! […] Et puis à la fin j’ai dit : « Chapeau les mecs, vraiment je vous tire mon chapeau parce que c’est un engagement extraordinaire » et moi j’étais stupéfait. Stupéfait et impressionné et également par la motivation politique qui était extrêmement bien construite. C’était pas un truc romantique, sur un coup de tête comme ça… »

Alain Benajam, ou la déchéance d’un vieux militant communiste qui aujourd’hui ne sait plus distinguer son extrême gauche de son extrême droite… Ce que ne dit pas MetaTV, c’est que Benajam a pris part à l’animation de Novopole9, une organisation qui se présente officiellement comme une association d’éducation, de formation et de recherche ayant pour but de « promouvoir des études et des recherches dans les domaines de la géopolitique et des relations internationales, mais aussi dans les domaines connexes de l’histoire, de l’économie et de la géostratégie ».

Alain Benajam (en haut au centre, avec un pull bordeaux). A sa droite : Svitlana Kysilyova et Erwan Castel. Devant eux, André Chanclu (l'homme au crâne rasé). Déjeuner de Novopole, 10 janvier 2015. (Source : novorossia.today/dejeuner-de-l-association-novopole-une-famille-s-est-creee)
Alain Benajam (en haut au centre, avec un pull bordeaux) à un déjeuner de Novopole le 10 janvier 2015. A sa droite : Svitlana Kysilyova et Erwan Castel. Devant eux, André Chanclu (l’homme au crâne rasé). (Source : novorossia.today/dejeuner-de-l-association-novopole-une-famille-s-est-creee)

En réalité, cette dernière mènerait des opérations humanitaires au Donbass (envoi de nourriture à des populations démunies), mais surtout, sous ce couvert, elle a selon toute vraisemblance apporté son soutien logistique aux volontaires d’Unité continentale, via notamment l’envoi de médicaments pour son pôle médical10. En France, elle participe à l’organisation de manifestations de soutien à la Novorossia et à Poutine, comme celle qui a eu lieu le 31 octobre dernier à Paris, où était justement présent Lenta. Elle a pour secrétaire général André Chanclu, un ex-gudard habitué des médias d’extrême droite. Parallèlement, Chanclu et Benajam ont animé le Comité France-Donbass, décrit comme étant le représentant officiel de la Novorossia en France11.

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Et Benajam de faire mine de s’étonner du non-soutien de la gauche à la cause, ou du fait que les journalistes aient osé s’intéresser au passé militant de ses nouveaux amis : « La journaloperie au service de l’impérialisme a essayé de vous marginaliser en vous traitant d’extrême droite. Et puis moi et Thierry Meyssan on vous a soutenus, on vous a soutenus, donc maintenant on nous accuse d’infiltrer l’extrême droite nationaliste avec nos idées d’extrême gauche… […] Et donc on fini par être haïs à la fois par l’impérialisme, bien sûr, mais aussi par la gauche institutionnelle qui nous vomit, quoi. Et cette gauche institutionnelle, on aurait pu penser qu’elle prenne ce train-là d’une brigade internationale, qu’elle se rejoue la Guerre d’Espagne, mais même pas ! »

Rappel : qui sont les nouveaux amis d'Alain Benajam ?

De gauche à droite : Victor Lenta, Mickaël Takahashi, Guillaume "Lenormand" Cuvelier et Nikola Perovic.
De gauche à droite : Victor Lenta, Mickaël Takahashi, Guillaume « Lenormand » Cuvelier et Nikola Perovic.

Puisque Benajam n’aime pas trop qu’on rappelle le parcours de ses petits camarades, donnons en les grandes lignes :

Victor Alfonso Lenta est un ancien militaire du 3e RPIMA. Il a servi en Afghanistan, au Tchad, en Côte d’Ivoire et au Gabon. Il aurait été viré de l’armée suite à son implication probable dans l’incendie d’une Mosquée à Colomiers (Haute-Garonne). En avril 2012, il a été mis en cause puis placé sous le statut de témoin assisté par la justice suite à l’agression sauvage d’un étudiant chilien par des militants d’extrême droite à Toulouse. Il a dirigé les Jeunesses nationalistes toulousaines.

Guillaume « Lenormand » Cuvelier, né le 9 avril 1988, a participé à divers mouvements ultranationalistes en Normandie (Jeunesses identitaires, Troisième Voie). Lors des élections régionales de 2010, il était candidat dans l’Eure sur la liste du Parti de la France. Son compte bancaire a servi à recevoir les fonds à destination du groupe de volontaires, en tout cas au début de leur engagement au Donbass. (Source)

Nikola Perovic, citoyen franco-serbe et lui aussi ancien militaire au 13e bataillon de chasseurs alpins. Il a servi en Afghanistan. Au Donbass, il a été élu chef des volontaires serbes et a servi d’interprète pour ses petits camarades, le serbo-croate étant une langue proche du russe.

Michaël Takahashi, né le 13 octobre 1987, est originaire de Paris. C’est un ardent supporter de Bachar Al-Assad et avant même son départ pour le Donbass, il était fasciné par les armes à feu. Il a collaboré avec divers groupes ultranationalistes.

Guillaume Lestradet, né le 18 juillet 1989, est infirmier militaire. Il gérait le pôle médical du groupe. Il partage des contenus venus du FN sur Twitter. A son retour en France, il a été accueilli par Alain Benajam qui est venu le chercher à sa descente d’avion.

Enfin Erwan Castel, 52 ans, est parti de son côté et ne semble pas avoir servi dans les mêmes unités que les autres. C’est lui aussi un ancien officier de l’armée française. Il gère le groupe Facebook « Soutien à la Rébellion du Donbass ». « Après l’armée, nous apprend le JDD, il a été tour à tour animateur culturel dans le mouvement régionaliste breton, combattant de la résistance des Karens contre la junte birmane, libraire à la Fnac, homme d’affaires et guide touristique en Guyane. […] Il cite volontiers le penseur de la nouvelle droite Alain de Benoist, se dit proche de trois personnalités françaises : Marine le Pen, Jean-Luc Mélenchon et François Asselineau. » Bien qu’il semble s’être fâché avec Perovic et Lenta, Benajam semble toujours l’apprécier, dans la mesure où il avait pris sa défense face à la sociologue stalinienne Danielle Bleitrach12.

A son grand dam, même les communistes français on manqué à l’appel : « on aurait pu penser que les communistes disent : « Ah ben tiens, ça c’est bien, une lutte antifasciste »… On aurait pu penser qu’au sein des communistes il reste encore des nostalgiques de l’URSS… » Alors que lui a écrit « un article sur la nécessité de faire un compromis historique entre communistes et nationalistes », article resté sans écho en dehors des petits milieux nationalistes et staliniens13.

Des frictions dans les rangs nationalistes

Il faut dire que si nombre d’antifascistes européens se sont laissés allés à penser comme le représentant du Réseau Voltaire France qu’on rejouait la guerre d’Espagne au Donbass, un positionnement qui n’a pas été sans créer quelques remous dans le camp antifasciste, le combat de Lenta et de ses copains a aussi fait grincer des dents côté nationaliste14, justement parce que de prétendus antifascistes l’avaient rejoint :

« Les Russes voyaient ça comme les brigades internationales de la guerre d’Espagne. […] Alors là on a eu de grandes, grandes discussions, de débats et voire même des invectives avec nos camarades nationalistes en France parce que les russophones du Donbass ont vendu ça comme un combat antifasciste. Alors là, gros choc culturel pour tous ceux qui sont politisés à la fois en Russie, en France et partout : le combat est-il un combat antifasciste ? Est-il un combat nationaliste ? C’est tout simplement un combat anti-impérialiste ! Mais il faut comprendre : dans le monde russe et dans la mentalité russe, toute agression qui vient de l’Occident est qualifiée d’agression fasciste. Mais ils ne désignent pas forcément le régime italien de Mussolini ou celui du Maréchal Pétain et tout ça, non. Toute agression occidentale, et surtout capitaliste, est qualifiée généralement de fasciste. Mais les antifascistes russes, ils défendent des valeurs patriotiques voire même nationalistes dans les faits. L’idée de la famille, la pratique orthodoxe, le patriotisme, le culte du chef, les valeurs guerrières, ça se sont des valeurs que les nationalistes français mettent en avant. Mais ils ont une étiquette antifasciste. Donc faut bien comprendre la différence culturelle ou même la grille de l’histoire d’un pays. Chaque nationalisme a sa propre grille de l’histoire. Donc c’est là où on a eu… Où il y a eu une fracture au sein du milieu nationaliste français entre ceux qui étaient pro-Russes et les pro-Ukrainiens. On disait : « mais vous, vous combattez avec des antifascistes ! » Non, on combat avec un peuple qui a eu sa propre histoire. On ne peut nier le fait qu’il y a eu la Grande guerre patriotique et dans l’histoire russe, c’est une fierté nationale d’avoir battu les armées allemandes et tout ça. »

Si certains avaient encore un doute, il n’est plus permis : en aucun cas la défense de la cause du Donbass ne repose sur les valeurs internationalistes et généreuses qui fondent en principe la base de tout engagement antifasciste conséquent. Ce n’est même pas un combat anticapitaliste ou anti-impérialiste comme se plaît à le décrire Lenta (sauf à considérer la politique russe en Ukraine comme relevant de « l’anti-impérialisme »). S’il est vrai qu’en Europe de l’Est, les frontières politiques sont plus mouvantes qu’à l’Ouest et qu’on peut en effet rencontrer des personnes se revendiquant à la fois de l’antifascisme et du nationalisme, doit-on pour autant considérer qu’il est légitime de soutenir et d’encourager ce genre d’union des contraires ? Rappelons que même en Russie, en Ukraine, en Biélorussie ou en République tchèque des militants ne sont pas de cet avis, considérant qu’il n’y a aucun camp à choisir dans ce conflit entre nationalismes.

O. G.


Mises à jour, 14 novembre 2015 : Ajout d’une note et d’une capture sur Novopole ainsi que de quelques précisions.


A (re)lire sur Confusionnisme.info :

Ukraine : le mouvement antifasciste européen dans la tourmente ?
Formation militaire d’enfants par le bataillon Azov en Ukraine : un oubli d’Arte Journal
Négationnisme en Ukraine et réactions des propagandistes pro-russes : une belle leçon d’opportunisme
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Image de « une » : Alain Benajam et Victor Lenta sur le plateau de MetaTV le 9 octobre 2015.

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  1. Parmi lesquels Victor Alfonso Lenta, l’infirmier militaire Guillaume Lestradet, Guillaume Cuvelier dit Lenormand. 

  2. Patrick d’Hondt dit Tepa est un ancien rappeur (il a pris part au groupe Les Spécialistes, actif à la fin des années 1990 et dans la première moitié des années 2000). Il a plus tard milité au sein de l’UPR (et a enregistré un rap à la gloire de François Asselineau) qu’il a quitté en même temps que son ami Erick « Bozz » Mary, puis a fondé MetaTV. 

  3. Une information maintes fois démentie, notamment en Russie par les associations de mères de soldats et diverses ONG. 

  4. Lenta le reconnaît lui-même : au départ, la population réclamait juste une plus grande autonomie régionale et voulait surtout que la guerre s’arrête. 

  5. Lenta cite l’exemple d’un sniper venu servir la cause en remerciement de l’aide russe pendant la guerre de Yougoslavie. 

  6. En Téchétchénie, les Spetsnaz, chargé du renseignement, sont responsables de nombreux crimes : actes de torture, exécutions sommaires, disparitions. 

  7. Voir ici, notamment vers 9 min 35 : agenceinfolibre.fr/conference-presse-novorossia/ Notons que Lenta souligne les conflits internes et le manque de coordination entre les instances des républiques populaires auto-proclamées de Lougansk et de Donensk ainsi qu’avec l’unité de Mozgovoï. Pourtant, les quatre personnages sus-cités, et notamment les trois derniers, se sont côtoyés de près, y compris dans la vie privée. 

  8. francais.rt.com/france/8267-volontaire-francais-retour-donbass- 

  9. Si les statuts de l’association n’ont été déposés au Journal officiel qu’en octobre 2014, on trouve mention de sa création dès début 2013, notamment sur le site de Synthèse nationale. 

  10. Benajam s’est flatté d’être derrière beaucoup de ces envois de médicaments à l’antenne de MetaTV et, si Novopole n’est pas explicitement citée, de forts soupçons se portent sur elle ainsi que sur le Comité France-Donbass s’agissant de l’aide logistique aux volontaires. Dans une interview au site d’extrême droite Breizh Info, Guillaume Cuvelier répondait, il y a quelques mois, à la question de savoir quelles association françaises travaillaient avec Unité continentale : « L’association française Novopole et les différents comités de soutien animés par exemple, par André Chanclu ou Alain Benajam, sont les principaux centre de solidarité française envers le Donbass. » Voir : breizh-info.com/23423/actualite-internationale/novorussia-entretien-avec-guillaume-lenormand-volontaire-francais-dans-le-donbass-exclusif/ 

  11. Il est présenté comme tel sur le site de l’Agence Info libre et sur le compte youtube d’une webTV novorossienne : agenceinfolibre.fr/conference-presse-novorossia/ ; youtube.com/watch?v=1KwP9c3q9Z0 

  12. Voir : alawata-rebellion.blogspot.fr/2014/10/lettre-ouverte-danielle-bleitrach.html 

  13. Cet article a été négativement reçu par Danielle Bleitrach – qui serait au PRCF selon Benajam – qui, toute stalinienne et pro-Donbass qu’elle soit, trouvait l’alliance avec les nationalistes condamnable. En retour, Erwan Castel a écrit un texte de défense de Benajam. Voir la controverse ici : alawata-rebellion.blogspot.fr/2014/10/lettre-ouverte-danielle-bleitrach.html 

  14. Voir un exemple ici : breizatao.com/2014/08/30/doit-soutenir-le-donbass-communiste/