csm_Climat_Hulot_Pape_Francois_au_Vatican_le_24_janvier_2014_AFP_PHOTO_POOL_-GABRIEL_BOUYS_1_ecedbd1177

Les nouveaux papes verts

Depuis quelques années, les religions, en perte de vitesse dans des sociétés de plus en plus sécularisées (en tout cas en Occident), ont trouvé un nouveau filon pour assurer la promotion de leurs visions du monde : l’écologie. La Cop 21 leur offre une occasion en or de se faire entendre. Exemple avec l’Église catholique, particulièrement active dans ce domaine, notamment en France.

Au sommaire de ce dossier :

Quand le Pape parle de « décroissance »…
…Veilleurs et Manif pour Tous embrayent
Les Assises chrétiennes de l’écologie
Eric Pététin, zadiste catholique
Du côté des médias écologistes
Le rôle de Nicolas Hulot

Quand le Pape parle de « décroissance »…

Au départ, c’est le courant de la théologie de la Libération qui a le premier porté les problématiques écologistes au sein de l’Église1. Mais ce courant né en Amérique latine dans les années 1960 et 1970, nourrit de marxisme et soucieux des droits des peuples indigènes, n’a pas toujours été en odeur de Sainteté au Vatican, à cause de ses rapprochements avec des courants marxistes révolutionnaires. Les choses ont changé depuis, au point qu’il nourrit aujourd’hui la réflexion papale sur le sujet2, ayant notamment inspiré l’encyclique Laudato Si’ en mai dernier.

Mais l’intérêt du Vatican pour ces questions s’est vraiment réveillé avec les prédécesseurs de François 1er sur le trône de Saint-Pierre, et notamment sous l’impulsion de Benoît XVI, même si son prédécesseur Jean-Paul II n’était pas en reste. En 2012, le Pape a prononcé lors des Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ) un discours allant dans ce sens3, et qui annonçait les principales thématiques devant servir de base à son « écologie humaine », le maître-mot étant la sauvegarde de la « Création », mot utilisé en lieu et place de « nature » ou « environnement ».

Si ces dernières comprenaient des problématiques chères au mouvement écologiste comme la déforestation ou le gaspillage des ressources pour « alimenter un besoin de consommation insatiable », le Pape y a aussi lié des thèmes moraux chers aux réactionnaires, dénonçant par exemple « l’abus d’alcool et de drogue, l’exaltation de la violence et la dégradation de la sexualité, qui sont souvent présentés par la télévision et par internet comme un divertissement », ainsi que le « relativisme ». Si « les préoccupations au sujet de la non-violence, du développement durable, de la justice et de la paix, de la protection de notre environnement sont d’une importance vitale pour l’humanité », le Pape a tenu à rappeler qu’à ses yeux « Tout cela, cependant, ne peut être compris sans une profonde réflexion sur la dignité innée de toute vie humaine, de la conception jusqu’à la mort naturelle, dignité qui est conférée par Dieu lui-même et qui est, par conséquent, inviolable ».

On y est : à travers l’écologie, il s’agit aussi de rappeler l’opposition de l’Église par exemple à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). D’ailleurs, le Vatican a utilisé en 2009 le prétexte écologique pour faire campagne contre la pilule contraceptive, accusée d’avoir « depuis des années des effets dévastateurs sur l’environnement » car elle relâcherait « des tonnes d’hormones » dans la nature via les urines des femmes et serait dès lors « une cause non négligeable de l’infertilité masculine ». En revanche, quand il s’agit de critiquer le capitalisme, le Vatican se limite sans surprise à en dénoncer les « distorsions », sans du tout remettre en cause sa légitimité4.

Le 11 novembre 2013, lors d'une rencontre avec une délégation d'Argentins, le pape François Ier pose avec un t-shirt contre les gaz de schistes, ce qui fait dire à Reporterre que "Le pape François est opposé au gaz de schiste".
Le 11 novembre 2013, lors d’une rencontre avec une délégation d’Argentins, le pape François Ier pose avec un t-shirt contre les gaz de schistes, ce qui a fait dire à Reporterre que « Le pape François est opposé au gaz de schiste ».

Depuis, le Pape François Ier aurait fait valoir son opposition aux gaz de schistes fin 20135, tandis que l’Église catholique de France et la Conférence des Évêques de France organisent des colloques autour de ces thématiques, de même que l’Opus Dei, qui a organisé en 2014 son forum « Univ » destiné aux étudiants autour du thème « Écologie de la personne et de son environnement »6.

L'écologie à toutes les sauces...
L’écologie à toutes les sauces…

Au printemps dernier, le pape a publié l’encyclique Laudato Si’ dans laquelle il a employé les mots magiques de « décroissance » ou de « limites ». « Humaine » sous Benoît XVI, l’écologie devient « intégrale » avec François 1er7. Extraits :

« De toute manière, si dans certains cas le développement durable entraînera de nouvelles formes de croissance, dans d’autres cas, face à l’accroissement vorace et irresponsable produit durant de nombreuses décennies, il faudra penser aussi à marquer une pause en mettant certaines limites raisonnables, voire à retourner en arrière avant qu’il ne soit trop tard. Nous savons que le comportement de ceux qui consomment et détruisent toujours davantage n’est pas soutenable, tandis que d’autres ne peuvent pas vivre conformément à leur dignité humaine. C’est pourquoi l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties. Benoît XVI affirmait qu’« il est nécessaire que les sociétés technologiquement avancées soient disposées à favoriser des comportements plus sobres, réduisant leurs propres besoins d’énergie et améliorant les conditions de son utilisation ».

« Une écologie intégrale implique de consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la création, à réfléchir sur notre style de vie et sur nos idéaux, à contempler le Créateur, qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure, dont la présence « ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée. »

Retour au sommaire

…Veilleurs et Manif pour Tous embrayent

Ces leitmotivs servent depuis de base aux réactionnaires se revendiquant du catholicisme pour investir le terrain écologiste. Ainsi, lors de l’été 2013, un groupe de Veilleurs (mouvement issu des Manifs pour Tous) a tenté d’organiser une marche Bordeaux-Notre-Dame-Des-Landes, mais a été arrêté à Nantes par les militants de Notre-Dame-des-Landes. L’organisateur, Gaultier Bès de Berc, qui se disait alors proche de certains milieux décroissantistes lyonnais, affichait keffieh et barbiche. Avec des références intellectuelles très éclectiques, il justifiait ainsi sa démarche dans l’hebdomadaire catholique La Vie le 16 juillet 2013 : « le gouvernement impose un aéroport sur une surface agricole. On change la définition pluriséculaire du mariage. Dans les deux cas, il y a une réaction populaire et pacifique. Du coup, nous allons rencontrer des militants de Notre-Dame-des-Landes lors de notre marche en août »8. Depuis, Gaultier Bès et monté en grade, débattant avec Alain de Benoist ou fondant une revue écolo-catho à tendance réactionnaire, Limite, qui entend promouvoir ce sens des « limites » et de « l’écologie intégrale ».

Surfant sur le succès des Manifs pour Tous, Tugdual Derville, délégué général de l’Alliance Vita, a lui fondé le courant Ecologie humaine, dont le nom reprend également une terminologie vaticane. Les permières assises de ce courant, qui a été fondé le 22 juin 2013, ce sont tenues les 6 et 7 décembre 20149. Aux côtés de Derville et de ses comparses Pierre-Yves Gomez ou Gilles Hériard Dubreuil, s’y sont retrouvés Fabrice Hadjadj (aujourd’hui contributeur de Limite) ou même Dominique Bourg (vice-président de la Fondation Nicolas Hulot et contributeur occasionnel de La Décroissance)102015-12-10_boutin_ecologiehumaine 2015-12-10_boutin_ecologiehumaine2

Au printemps dernier, un « Appel de carême 2015 pour la conversion écologique » a été signé par des chrétiens de tous bords politiques, dont deux des co-fondateurs des Poissons roses (un courant catholique proche du Parti socialiste) mais aussi Guillaume de Prémare, ancien président de la Manif pour Tous et des membres du clergé11. A l’origine de cet appel : le fameux Gaultier Bès.

Retour au sommaire

Les Assises chrétiennes de l’écologie

Sur ces bases, des alliances inédites se nouent autour de la thématique écologiste et force est de constater que sur ce sujet, les digues sautent entre chrétiens de gauche et catholiques réactionnaires. Les Assises chrétiennes de l’écologie, deuxièmes du genre, qui se sont déroulées fin août à Saint-Etienne et ont accueilli 2 000 personnes en sont le parfait exemple12. L’initiative, très officielle, était soutenue par la Conférence des évêques de France ou l’hebdomadaire La Vie. Le journaliste catholique Patrice de Plunkett les a ainsi décrites sur son blog13 :

« ces Assises feront date dans l’évolution du catholicisme français. Elles manifestent l’éclosion d’une nouvelle génération catholique, transversale aux différentes « sensibilités » : on voyait dans les forums des piliers de la Manif pour tous discuter avec des déçus d’EELV et des militant(e)s de Chrétiens unis pour la terre, les jeunes de Limite tenir un stand à côté d’Attac, des sympathisants du courant Ecologie humaine se faire expliquer par de jeunes contestataires espagnols l’écologie intégrale du pape François… Grand bazar des intelligences, carrefour ouvert à la « révolution culturelle » bergoglienne, les Assises chrétiennes de l’écologie ont montré qu’une page se tourne dans l’Hexagone : à partir du moment où le message du discours de Santa Cruz et de Laudato Si nous secoue tous, nettoie nos scories libérales et nous lance en avant, le vieux clivage droite-gauche n’a plus aucun sens. Les divisions invétérées entre catholiques non plus. »

Et en effet, ces assises ont eu l’art de réunir les contraires : chrétiens de gauche (Chrétiens et Pic du pétrole) et partisans de la Manif pour Tous, associations et partis de gauche normalement laïques (Attac, EELV). Parmi les conférenciers, ces assises ont pu compter sur la présence de Geneviève Azam (Attac), toujours Dominique Bourg, Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne), Corinne Lepage (LRC-Cap 21, ancienne ministre de l’écologie des gouvernements Juppé entre 1995 et 1997), Maryam Cau (EELV), le cardinal Philippe Barbarin, le prêtre Dominique Lang (qui a aussi participé à l’Alternatiba parisienne des 26 et 27 septembre derniers), Fabrice Nicolino, Jean-Marie Pelt, Marie-Monique Robin, Patrick Viveret (collectif Roosvelt), Jean-Pierre Raffin (France Nature Environnement), Yeshaya Dalsace (rabbin), Anouar Kbibech (Rassemblement des musulmans de France), Christian Krieger (vice-président de la Fédération Protestante de France), Mgr Bruno Feillet (Evêque auxiliaire de Reims en charge du suivi de la Cop 21 pour le Conseil Famille et société de la Conférence des évêques de France), etc. Avec les tables rondes et forums, il faut ajouter l’association Démographie responsable14, la projection d’un documentaire sur Alternatiba, l’imam bordelais Tareq Oubrou (UOIF) et Action Espoir (une association membre de l’UOIF) mais aussi le père Michel Durand (blogueur, Chrétiens et Pic du pétrole), Olivier Rey ou Gaultier Bès, etc.

Retour au sommaire

Eric Pététin, zadiste catholique

Même Eric Pététin, militant professionnel, y était15. Son cas mérite d’ailleurs qu’on s’y arrête : ce militant d’une soixantaine d’années au look de hippie, surnommé aussi « Pétof » ou « l’Indien » a fait ses armes dans la lutte contre le tunnel du Somport dans les années 1990. Depuis, celui qui se dit à la fois anarchiste et catholique est apparu dans de nombreuses luttes, notamment des Zad. Nombre de militants qui l’ont connu lui reprochent de se comporter en gourou et de n’en faire qu’à sa tête, sans considération pour les décisions prises collectivement. Mystique, il a jugé positivement le Mouvement du 14-Juillet lors de son apparition, conseille la lecture ou l’écoute du conspirationniste Pierre Jovanovic et se serait déclaré, selon Gaultier Bès, favorable à l’accueil des Veilleurs à Notre-Dame-des-Landes.

petetin_14juillet petetin_jovanovic

Il devrait d’ailleurs contribuer au prochain numéro de Limite, à paraître dans quelques semaines. Le collectif antifasciste Les Enragés le décrit ainsi :

« Il est possible de tout lui reprocher à l’exception de sa constance, même s’il y a eu en réalité plusieurs Pétetin dans la vie de Pétetin, on pourrait en dégager deux. La belle époque puis celle des errances, dont l’aboutissement sera celui de se faire copieusement huer à NDDL à l’occasion d’une intervention frappée d’un mysticisme carabiné et qui ne parvint pas, heureusement, à séduire l’auditoire. Quoiqu’il en soit, Pétetin se greffa au projet de réhabilitation d’un lieu – une gare désaffectée rebaptisée La Goutte d’Eau – qui fut pendant des années à la pointe de la lutte écologiste. Il est à l’origine, en tout cas dans sa réalisation personnifiée la plus médiatiquement exposée, de l’une des plus grandes manifestations organisée en moyenne montagne en Europe, ce n’est pas rien. Peu importe finalement la foi qui semble l’animer tant que cette dernière ne prend pas le dessus sur les mises en action concrètes. Il n’en a pas toujours été ainsi. Et dans son militantisme teinté d’happening et de jeu du chat et de la souris avec les bleus, tout le monde ne possède pas forcément les mêmes ressources familiales pour pouvoir affronter la Justice. Il n’en reste pas moins un personnage vif, cultivé, à l’imagination sans fin, séducteur et à qui il faut sans doute savoir dire non. Dans les aspects gênants à très gênants, sa déification de la nature, ce rejet de la modernité et de la ville, ses accointances actées avec des sphères catholiques proches de la “Manif pour Tous”, etc.  »

Retour au sommaire

Du côté des médias écologistes

A côté des médias de la cathosphère, certains journaux ou sites se revendiquant écologistes relaient également les analyses de courants religieux sur l’écologie. Au rang des médias qui entretiennent la confusion via la religion (et singulièrement via le christiannisme), il faudrait citer La Décroissance, dont la ligne éditoriale est sans nul doute fortement influencée par la sensibilité catholique de son rédacteur en chef Vincent Cheynet, sensibilité visiblement beaucoup plus tournée vers les catholiques réactionnaires que vers les chrétiens de gauche. Dans les derniers numéros, se sont les contributeurs de Limite qui ont ainsi été mis à l’honneur (Fabrice Hadjadj, Kévin Victoire), alors que, pas à une contradiction près, dans le même temps le mensuel animé par Vincent Cheynet n’hésite pas à dénoncer dans son dernier numéro la présence des groupes confessionnels au sein de la Coalition Climat 21, tout en s’en prenant par ailleurs à la « théorie du genre ».

Exemples de réactionnires (Fabrice Hadjdj, Bertrand Vergely) par présentés comme tels. (La Décroissance n°123, octobre 2015)
Exemples de réactionnaires (Fabrice Hadjadj, Bertrand Vergely) pas présentés comme tels. (La Décroissance n°123, octobre 2015)

Il est à noter cependant que si cette tonalité catholique ou chrétienne réactionnaire reste à première vue assez discrète dans ce journal, c’est avant tout parce qu’on cherche à la camoufler. Ainsi, les intervenants issus de ces courants ne sont jamais présentés comme y appartenant : La Décroissance préfère mettre en avant leurs livres ou leurs diplômes plutôt que leurs sympathies pour la Manif pour Tous dans les courts encadrés bibliographiques qu’elle leur consacre, ou bien elle présente leurs revues sans donner leur orientation politique (la revue L’Ecologiste est toujours citée sans précision de sa proximité avec la Nouvelle Droite).

Ce procédé particulièrement retors est renforcé par le fait que ce qui relève en réalité des idées propres à ces courants (critique de ladite « théorie du genre » par exemple) est en règle générale présenté libéré de toute référence explicitement religieuse et même de manière souvent relativement dépolitisée, les présentant sous des dehors « neutres », voire philosophiques ou même humoristiques, comme dans le dernier numéro. De même, quand il est question de « Dieu », c’est comme une référence philosophique bien plus que théologique, y compris quand ce sont des croyants qui tiennent ces discours16.

De son côté, le site Reporterre, animé par Hervé Kempf, ne manque jamais une occasion de relayer la moindre initiative des courants chrétiens engagés dans la lutte écologiste, même lorsque ceux-ci sont fondamentalement réactionnaires (une polémique a éclaté au sein de son lectorat quand une interview de Tugdual Derville a été publiée), et plus largement de toute initiative venant des religions. Dernier exemple en date : la promotion d’une pétition initiée par les grands courants religieux mondiaux ayant réunit 1.780.528 signatures à l’occasion de la Cop 2117. Le site écologiste se félicite :

« La question climatique est prise de plus en plus au sérieux aux sein des instances religieuses. La plupart des représentants religieux avaient d’ailleurs décidé de participer à la grande marche pour le climat du 29 novembre à Paris, qui a finalement été annulée, et se sont engagés au sein de la Coalition climat 21. […] Et cette voix porte en haut lieu. Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies contre le changement climatique (CCNUCC), et Nicolas Hulot, envoyé spécial de François Hollande pour le climat, étaient présents le 28 novembre à Saint-Denis pour écouter les témoignages de pèlerins pour le climat venus tout spécialement pour le sommet climatique. Patrick Braouezec (FG), élu de la ville, est lui aussi venu accueillir les pèlerins […]. »

Le combat écologiste a toujours été perméable aux courants mystiques, religieux voire sectaires. Mais ce phénomène semble prendre une nouvelle ampleur ces derniers mois, à l’approche de la Cop21, avec y compris des actions communes à l’échelle mondiale entre courants religieux qui jusque là agissaient chacun dans leur coin. Chaque nouvel événement traitant de ce sujet est une occasion de se faire entendre : ainsi, en 2013, c’est la conférence des Nations unis sur le changement climatique de Varsovie qui a servi de prétexte au lancement d’une campagne de jeûne inter-religieux en faveur du climat qui a été introduite en France en juin 2014 avec le soutien de Nicolas Hulot, de Bizi! (le mouvement basque qui a donné naissance aux Alternatiba) ou d’Agir pour l’Environnement.

Les personnes engagées dans le Jeûne pour le climat. De gauche à droite : Nicolas Hulot, Morgane Créach, Mgr Marc Stenger, Pasteur François Clavairoly, Nicolas Kazarian, Yeb Sano, Martin Kopp, Yeb Sano (négociateur des Philippines pour les nagociations sur le climat), Imam Tareq Oubrou, Laura Morosini (Chrétiens unis pour la Terre). Source : Pèlerin
Les personnes engagées dans le Jeûne pour le climat. De gauche à droite : Nicolas Hulot, Morgane Créach, Mgr Marc Stenger, Pasteur François Clavairoly, Nicolas Kazarian, Yeb Sano, Martin Kopp, Yeb Sano (négociateur des Philippines pour les nagociations sur le climat), Imam Tareq Oubrou, Laura Morosini (Chrétiens unis pour la Terre). Source : Pèlerin

L’action a été ainsi décrite par Reporterre18 : « une vingtaine de groupes de jeûneurs se retrouvent sur des places, au pied de statues de Gandhi, devant des églises pour exprimer de façon forte et non-violente, leur solidarité avec les victimes (déjà nombreuses) du dérèglement climatique et pour pousser, à leur manière, ces négociations dont la lenteur provoque de plus en plus de désespérance. »

Retour au sommaire

Le rôle de Nicolas Hulot

Nicolas Hulot, personnage-clé de cette Cop 21 en tant qu’envoyé spécial du président de la République, n’est justement pas étranger à ces appels du pied aux religieux et la constitution de ce front original. Il s’est bien sûr félicité de l’encyclique papale19. En février 2014, il répondait aux questions du Monde sur la question de la place des religions dans le combat écologiste, après avoir rencontré en novembre 2013 le pape François, puis en janvier Bartholomée Ier, le patriarche œcuménique de Constantinople. Voici comment le journal du soir introduisait la chose : « Envoyé spécial du président François Hollande pour la protection de la planète, Nicolas Hulot ne croit guère à la réussite des négociations sur le climat en 2015. Il en appelle désormais aux autorités religieuses. » Hulot y déclarait : « Ma démarche vise aussi un second objectif. Je pense qu’une alliance entre ce que l’on peut appeler l’écologie scientifique, humaine et la théologie en tant que réflexion métaphysique n’est pas inutile pour appréhender en profondeur la crise de civilisation que nous vivons. Il est fondamental que les Eglises, et l’Eglise catholique en particulier, clarifient la responsabilité de l’homme vis-à-vis de la « Création », pour reprendre le langage des croyants. L’homme est-il là pour dominer la nature, comme l’affirment certains textes ?20 »

24 janvier 2015 : la France au Vatican... (Source : Le Figaro)
24 janvier 2015 : la France au Vatican. (Source : Le Figaro)

Ainsi, ce monsieur est payé par l’État français pour organiser un événement auquel il prétend ne pas croire, et préfère se tourner vers les autorités religieuses, au mépris de la laïcité proclamée par l’État en question et sacrifiant l’analyse scientifique à la morale religieuse, comme si les deux se valaient. Laïcité à géométrie variable on le voit, puisque François Hollande a cautionné cette initiative en prenant part au très officiel Sommet des consciences qui s’est déroulé début juillet à l’instigation de Nicolas Hulot, après s’être déjà rendu en visite au Vatican en janvier en emportant l’écologiste en hélicoptère dans ses bagages. Lors de cet événement, la Conférence des responsables de culte en France (CRCF, groupement informel d’autorités religieuses de diverses obédiences fondé en 2010) a d’ailleurs présenté au président de la République un « plaidoyer » pour le climat, et observé une journée de jeûne.

Une belle brochette de farceurs.
Au Sommet des consciences : on reconnaît notamment le prince Albert II de Monaco, François Hollande, Ségolène Royal et Nicolas Hulot.

De fait, des milieux alternatifs aux plus hautes instances qu’ils prétendent combattre, tout le monde semble d’accord sur ce point : il est légitime d’écouter ce qu’ont à dire les religions sur les sujets écologiques. Et pour elles, ce point d’accès est un bon moyen de faire avancer plus globalement leur vision de l’organisation de la société, qu’aucune religion ne renoncera jamais à imposer aux autres.

Retour au sommaire

O. G.


A (re)lire sur Confusionnisme.info :

L’extrême droite et l’écologie
Limite, revue écolo-catho
Gaultier Bès : catho-pop et écolo-réac
La Décroissance par l’incohérence ?
Nettoyage chez Reporterre : encore un effort !
Qu’est-ce qu’Alternatiba ?
Écologie, Monnaie… Le clan Rabhi à l’avant-garde de la confusion

Partagez ce contenu :
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on TumblrShare on Google+Share on LinkedInDigg thisShare on RedditFlattr the authorShare on StumbleUponEmail this to someonePrint this page

  1. En France, ce sont par exemple le pasteur Stéphane Lavignotte (Ensemble!) et le philosophe marxiste Michaël Löwy (NPA) qui contribuent à promouvoir aujourd’hui la vision écologiste de ces courants progressistes du christiannisme. 

  2. Le fait que le pape actuel soit d’origine latino-américaine n’y est d’ailleurs sans doute pas étranger. 

  3. Voir ici : la-croix.com/Religion/Actualite/Devant-la-Curie-Benoit-XVI-promeut-une-ecologie-humaine-_NG_-2008-12-22-681727 ; là : zenit.org/fr/articles/benoit-xvi-presente-les-bases-d-une-ecologie-humaine et là : qe.catholique.org/la-une-news/20389-benoit-xvi-presente-les-bases-d-une-ecologie 

  4. reporterre.net/Le-Vatican-favorable-a-une 

  5. reporterre.net/Le-pape-Francois-est-oppose-au-gaz 

  6. reporterre.net/spip.php?article5223 ; fr.radiovaticana.va/storico/2014/04/16/ecologie_de_la_personne_pour_luniv_2014/fr1-791449 ; fr.opusdei.be/fr-be/article/univ-2014-ecologie-de-la-personne-et-de-son-environnement/ 

  7. Le texte complet ici : http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si.html 

  8. http://www.lavie.fr/actualite/societe/gaultier-bes-le-clivage-gauche-droite-n-a-pas-de-sens-pour-moi-16-07-2013-42579_7.php 

  9. ecologiehumaine.eu/les-assises/ 

  10. Divers cadres de la Manif pour Tous poursuivent ces réflexions au sein de Boussole, une revue née il y a bientôt un an. Dans son deuxième numéro consacré à « L’Eveil des consciences », Gaultier Bès développe dans une interview sa vision de l’écologie. La revue, bien que beaucoup plus marquée « Manif pour Tous », partage un autre contributeur avec Limite : le britannique Philipp Blond, qui se demande « pourquoi la gauche aussi devrait soutenir la famille ». Tenter réfléchir sur des ponts qui pourraient être tissés avec certaines franges de la gauche est d’ailleurs un leitmotiv dans ce numéro. Parmi les collaborateurs de la revue, plusieurs personnalités dont Tugdual Derville, Ludovine de la Rochère, Mgr Michel Aupetit ou Charles Beigbeder. Le groupe lyonnais des Alternatives catholiques (Altercathos) y est aussi présenté. 

  11. Le texte est disponible sur le site de la très droitière Ichtus : ichtus.fr/appel-du-careme-2015-pour-une-conversion-ecologique/ 

  12. rencontres-ecologie-2015.assises-chretiennes.fr/assisces_chretiennes/Accueil.html 

  13. plunkett.hautetfort.com/archive/2015/09/01/assises-chretiennes-de-l-ecologie%C2%A0-un-nouveau-pays-reel-du-c-5678437.html 

  14. Qui curieusement assume une ligne malthusienne pro-contraception. 

  15. lavie.fr/blog/mahaut-herrmann/apres-les-assises-de-l-ecologie-tous-debout-pour-la-planete,4340 

  16. Exemple dans le numéro d’octobre : Bertrand Vergely, présenté comme un « philosophe » (en réalité, c’est un théologien orthodoxe opposé au mariage pour tous) parle de dieu comme d’un concept ou de manière métaphorique : « l’homme se prend pour Dieu », écrit-il. « Qu’est-ce que l’homme ? Peut-il devenir Dieu ou pas ? », s’interroge-t-il. Ce qu’il résume par un mot-valise : « l’homme-Dieu »

  17. reporterre.net/Les-religions-s-engagent-pour-le-climat 

  18. reporterre.net/Le-jeune-pour-le-climat-prend-de-l Voir aussi là : pelerin.com/L-actualite-autrement/Les-enjeux-de-l-ecologie/Pelerins-de-la-Terre/La-campagne-Jeune-pour-le-climat-prepare-le-grand-sommet-de-2015 

  19. tempsreel.nouvelobs.com/planete/20150626.OBS1604/nicolas-hulot-le-pape-francois-sacralise-l-enjeu-ecologique.html 

  20. Cette dernière question fait référence au commandement divin « croissez et multipliez ». La revue Limite a consacré tout un article à le discuter dans son premier numéro.