Michel Onfray : « tant que la France restera un pays judéo-chrétien, le vin sera libre »

Le pétainisme décomplexé deviendrait-il à la mode chez les réactionnaires ? Dans le numéro de novembre de La Revue du Vin de France, Michel Onfray était annoncé en « une » avec ce titre : « Le vin et l’identité française ». Il a fait cette sortie :

2015-12-13_onfray_rvf2Manque de chance pour lui, Emmanuel Berl, tout d’origine juive qu’il ait été, était en réalité le « nègre » de Philippe Pétain et l’extrait dont il parle est issu d’un discours prononcé le 25 juin 1940, alors que le maréchal était président du conseil mais non encore investi des pleins pouvoirs. Berl est également l’auteur du célèbre discours annonçant l’armistice. Or, par l’usage de la conjonction « alors que », Onfray laisse entendre que la phrase « La terre ne ment pas » n’aurait rien à voir avec Philippe Pétain, ce que souligne la définition qu’il en donne juste après : « ce bon mot d’un brillant écrivain des villes ». Voici un exemple d’utilisation de ce « bon mot » par la propagande vichyste trouvée au Mémorial de Caen (cliquer pour agrandir) :DSC_0055_01

Ce n’est pas la première fois que Michel Onfray introduit un référence pétainiste dans un de ses discours. Plus loin, il précise son propos, suite à une question à la formulation douteuse de la revue sur le risque que l’islam pourrait faire courir au vin gaulois. Pour Onfray, « tant que la France restera un pays judéo-chrétien, le vin sera libre ». Et de rendre hommage à la période coloniale qui a permis l’introduction du vin en Algérie (à noter d’ailleurs que dans ce pays, du vin est toujours produit) :

onfray_rvf_judeochristianismeDans le même numéro, Onfray explique enfin n’avoir rien contre les vins biodynamiques, tant qu’ils sont bons :

onfray_rvf_biodynamieUne déclaration en contradiction avec son dernier livre, Cosmos, dans lequel il écrit : « Hélas, je n’ai jamais bu de vin issu de la biodynamie qui ne soit une exécrable piquette. »

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A propos d’anarchisme et de religion

L'affiche de l'événement. (Cliquer pour agrandir)
L’affiche de l’événement. (Cliquer pour agrandir)

Une polémique a éclaté il y a quelques temps dans le microcosme libertaire s’agissant d’un débat qui s’est déroulé à la librairie La Gryffe de Lyon le 6 novembre 2015. Il faut dire que le thème était dès le départ plutôt casse-gueule, puisque la conférence s’intitulait « Anarchisme et Islam » et se proposait notamment d’aborder la question : « Qu’est-ce que l’anarchisme a à dire des différences entre sunnisme et shiisme ? » Qu’aurait-on pensé d’un débat intitulé « Anarchisme et christianisme : qu’est-ce que l’anarchisme a à dire des différences entre catholicisme et protestantisme » ? Que l’anarchisme ait quelque chose à dire sur le fait religieux en général, c’est une certitude : sa ligne se situe d’ailleurs traditionnellement dans le cadre d’une critique radicale de la religion comme système d’oppression (le slogan « ni dieu ni maître » est un des plus célèbres slogans anarchistes). Qu’il soit dès lors intéressant pour faire la critique des discours religieux d’en connaître les fondements y compris théoriques et qu’à ce titre il soit pertinent de s’intéresser aux écrits et aux pensées des uns et des autres ou à l’histoire des religions, c’est une autre certitude. Les exposés des intervenants à La Gryffe, Waheb Messaoud et Daniel Colson, allaient d’ailleurs dans ce sens. En revanche, on voit mal en quoi l’anarchisme aurait quelque chose à dire sur les débats théologiques internes aux différents mouvements religieux et dans quel but : s’agirait-il de prendre parti ? Résultat : un problème si mal formulé ne pouvait que donner lieu  à d’improbables débats, dont on peut voir les traces sur le site de Pierre Tévanian Les Mots sont importants (lmsi.net/Vous-avez-dit-race-sociale) ou sur Indymedia Nantes. Pour une critique du concept de « race sociale » évoqué par LMSI, on peut se référer à ce texte récent paru sur Ni Patrie Ni Frontières. Enfin, le son du débat peut être écouté sur le site Rebellyon.

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Face au FN, Libération, journal irresponsable ?

2015-12-13_liberationCet entre-deux tours d’élections régionales aura été marqué dans le journal Libération par la publication d’une tribune raciste et sexiste de Luc Le Vaillant contre les femmes musulmanes voilées intitulée « La femme voilée du métro », complètement irresponsable alors que le FN est aux portes du pouvoir dans au moins deux régions, jouant sur les peurs. Face à la polémique qui s’en est suivie et alors que la Société des journalistes et du personnel s’est vivement désolidarisée de ce texte, la direction du quotidien a répondu sous la plume de Laurent Joffrin : « L’accusation de racisme ou de sexisme qui court ici et là est évidemment ridicule quand on connaît un tant soit peu notre chroniqueur et notre journal. […] [les chroniques] n’engagent pas le journal au même degré qu’un éditorial ou un article d’information. » Arguant d’une « restitution littéraire et ironique de préjugés et d’angoisses qu’il se reproche lui-même », Libération se dédouane : « Toutes nos prises de position, toute notre histoire, tout notre travail montre que Libération s’attache en permanence à lutter contre les discriminations, de quelque nature qu’elles soient. » Le site islamophobe et raciste Causeur, sous la plume de Jean-Paul Brighelli (un ancien gauchiste passé à l’extrême droite), a en tout cas applaudi démagogiquement : « Scandale: le quotidien a failli renouer avec le peuple ». Dans un tout autre registre, quelques jours avant le premier tour, le 29 novembre, Libération avait publié une interview de Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg, deux spécialistes reconnus de l’extrême droite. Problème : Camus, qui est beaucoup plus un intellectuel qu’un militant, y crache sur « l’antifascisme militant », l’accusant d’être trop caricatural (il parle à son sujet de « paresse intellectuelle », oubliant un pe vite toutes les analyses y compris théoriques fournies par lui, à côté de son travail de terrain) pour contrer efficacement l’extrême droite (de là à dire qu’il serait en partie responsable de la montée du FN… il y a un pas qu’heureusement il ne franchit pas) : « Le grand échec de l’antifascisme militant est de ne pas avoir su penser la complexité du phénomène auquel il répond. Nous sommes en 2015 et nous savons désormais que répéter «F comme fasciste, N comme nazi» pendant trente ans ne mobilise pas. Parce qu’intuitivement, les citoyens ont le sentiment que cela ne colle pas. Le propre du fascisme, c’est de préparer la transformation intégrale de l’homme, l’avènement d’un homme nouveau. Je n’ai pas l’impression que tel soit le projet du FN. » On se demande tout de même quel était le sens de cette pique à quelques jours d’un premier tour qui a vu le FN triompher et en plein état d’urgence…

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