Noam Chomsky nous jouerait-il la partition du “grand remplacement” à l’envers ?

Interviewé par Euronews le 17 avril dernier, Noam Chomsky a déclaré : « Il y a un autre problème en Europe : elle est extrêmement raciste. J’ai toujours pensé que l’Europe est plus raciste que les États-Unis. Jusqu’ici ce n‘était pas aussi visible en Europe parce que les populations européennes dans le passé ont eu tendance à être assez homogènes. Donc, si tout le monde est blond aux yeux bleus, alors vous ne semblez pas raciste, mais dès que la population commence à changer, le racisme vient de nulle part. Très vite. Et c’est un problème culturel très grave en Europe. » Voici une analyse bien étonnante pour un intellectuel aussi admiré, qui dénote d’une profonde méconnaissance de l’histoire de l’Europe, depuis toujours terre de migrations. Ainsi selon Chomsky, le racisme en Europe s’expliquerait par le métissage, par le fait qu’une population « assez homogène » de « blonds aux yeux bleus » serait progressivement en train de « changer », sous les coups de boutoir d’une population qu’on imagine un peu plus « colorée ». Si Chomsky utilise l’argument pour dénoncer la montée du racisme en Europe, il n’est pas très loin cependant, se faisant, de la théorie du « grand remplacement » chère à Renaud Camus. L’écrivain, théoricien de cette thèse très populaire à l’extrême droite et dans certaines franges de la droite pour justifier la lutte contre l’immigration, définit le « grand remplacement » comme suit : « le Grand Remplacement […] c’est un phénomène, évident comme le nez au milieu du visage. Il suffit pour l’observer de descendre dans la rue, ou seulement de regarder par la fenêtre. Un peuple était là, stable, occupant le même territoire depuis quinze ou vingt siècles. Et tout à coup, très rapidement, en une ou deux générations, un ou plusieurs autres peuples se substituent à lui, il est remplacé, ce n’est plus lui » (entretien à L’Action française no 2832,‎ 2012). Si Chomsky et Camus se situent aux antipodes de l’échiquier politique, la similitude et la vacuité des arguments utilisés, même pour en arriver à des conclusions opposées, fait froid dans le dos.

Noam Chomsky interviewé par Piero San Giorgio

C’est un article du Naufrageur qui a attiré notre attention sur l’événement : l’universitaire américain Noam Chomsky a accordé une interview à l’homme d’affaire suisse survivaliste Piero Falloti dit Piero San Giorgio, qui en a publié la vidéo sur son compte YouTube le 5 octobre dernier.  Publié par la maison d’édition d’extrême droite Le Retour aux Sources, Piero San Giorgio est notamment connu pour ses liens avec Alain Soral, son obsession maladive pour les corps féminins (qu’il aime photographier sur la plage à l’insu des intéressées avant de poster les images sur Facebook accompagnées de commentaires sexistes) et les armes à feu.

Piero et Noam : "Cheese !" (Source : compte Facebook de Piero San Giorgio)
Piero et Noam : “Cheese !” (Source : compte Facebook de Piero San Giorgio, 4 octobre 2014.)

La complotiste Diana Johnstone à la Librairie Résistances

Hier, la journaliste complotiste Diana Johnstone était l’invitée de l’association Capjpo-Europalestine et de la librairie Résistances à Paris. Jean Bricmont lui a apparemment rendu une petite visite (cliquer pour agrandir) :2015-10-23_bricmont_johnstone1Johnstone, qui écrit régulièrement sur Counterpunch (une sorte de Grand Soir américain), s’est faite remarquer en écrivant que lors des élections de 2012 en France, tous les candidats et « en particulier » Marine Le Pen étaient de gauche, hormis Nicolas Sarkozy, François Bayrou et Eva Joly, de droite car soumis selon elle à la finance. Dans le même article paru sur Counterpunch, elle regrettait le manque de couverture médiatique de François Asselineau. Accusée en 2005 par le Guardian de relativiser l’importance du massacre de Srebrenica, elle a répondu que « le nombre de victimes n’avait pu être établi scientifiquement » et en accusant les médias de « simplifier et de dramatiser » un événement qu’elle se refuse à qualifier de génocide. En 2009 enfin elle accusait, toujours dans Counterpunch, les black blocks d’être “objectivement” des provocateurs au service de la police, et renvoyait dos à dos autorités et organisateurs dans la violence (pourtant surtout due à la répression) qui a marqué le rassemblement et la manifestation anti-Otan à Strasbourg.

Sources : counterpunch.org/2012/04/24/disillusion-with-the-euro-and-europe/ ; archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.chomsky.info%2Fonchomsky%2F20051031.htm ; theguardian.com/world/2005/nov/23/warcrimes.comment ; counterpunch.org/2009/04/07/nato-strasbourg-and-the-black-block/

Irritation du Collon

Michel Collon, qui est décidément très irrité par mes écrits, vient encore de me consacrer un article, tiré du site confusionniste “Anticons”, qui assimile au courant néoconservateur sur le modèle américain des gens n’ayant pas grand chose à voir entre eux. Si j’ai déjà répondu aux accusations de Michel Collon et si ce nouvel article reprend pour l’essentiel les calomnies déjà existantes à mon sujet sur le web, je note quand même qu’encore une fois, il a été écrit par des gens qui ne savent pas me lire et qui m’accusent par exemple de n’avoir rien dit du soutien du philosophe réactionnaire Pierre-André Taguieff à Oriana Fallaci (la preuve) ou qui écrivent à propos de mes articles sur l’Ukraine : “Le site Confusionnisme.info est actif depuis octobre 2014, mais ce n’est que le 25 août 2015, soit plus d’un an et demi après le coup d’Etat de Maïdan, que Guyet réagit très brièvement au reportage du journal d’ARTE qui évoque la formation militaire d’enfants par le bataillon Azov en Ukraine. Il aura donc fallu attendre les premières discordes entre le gouvernement Porochenko et les unités néo-nazies du Pravy Sektor, pour qu’Ornella Guyet publie un article sur l’extrême droite en Ukraine. Jusqu’alors pas le moindre dossier complet sur les néo-nazis ukrainiens, sur Svoboda ce « parti d’ex », à l’exception de dix lignes noyées dans quelques dossiers consacrés à l’Ukraine, à la teneur anti-russe. Des billets qui minimisent autant que possible l’influence de l’extrême droite pro-Kiev. D’ailleurs Ornella Guyet y parle davantage de Hugo Chavez et de l’URSS que de l’antisémitisme en Ukraine.” Chacun pourra en effet juger du fait que je n’ai jamais abordé le sujet de l’extrême droite ukrainienne avant août 2015 (la preuve ici, ici ou encore ), ou que je parle plus de Chavez dans mes articles consacrés à l’Ukraine que des fascistes locaux ou du négationnisme de son gouvernement. Sous-entendre en outre que j’aurais des sympathies pour le gouvernement de droite qui dirige ce pays ou que je chercherais à minimiser les actes de son extrême droite est particulièrement malveillant. M’est aussi reproché de “fai[re] la morale à l’un des plus grands intellectuels vivants” (combien mesure-t-il ?), Noam Chomsky, notamment en “l’amalgam[ant] à un personnage d’extrême droite” (c’est pourtant de son propre chef qu’il a effectivement accordé une interview à Piero san Giorgio et a posé avec lui pour un “selfie”). Mais Collon et Anticons ne sont plus à une approximation près… Une chose est sûre : malgré tous leurs efforts, ils ne parviennent pas à battre La Décroissance, qui dans son dernier numéro me caricature carrément en Adolf Hitler. O. G.

Mise à jour, 18:53 : un lecteur (merci à lui) me signale que l’article d’Anticons a été relayé par le site d’extrême droite VoxNR sur Twitter :2015-10-11_collon_voxnr

Jean Bricmont invité à débattre de la liberté d’expression à l’université Grenoble-1

L'affiche annonçant l'événement. (Cliquer pour agrandir)
L’affiche annonçant l’événement. (Cliquer pour agrandir)

Mercredi 1er avril (non ce n’est pas une blague), Jean Bricmont sera l’invité d’un séminaire sur la liberté d’expression qui se tiendra dans les locaux de l’université Joseph Fourier-Grenoble 1 à l’initiative du CorteX (cortecs.org), qui se décrit lui-même comme “un collectif d’enseignement et de recherche en esprit critique et sciences”. Le physicien belge est invité dans le cadre d’un cycle consacré au thème « Connaissances censurées ? Sciences et liberté d’expression », au cours duquel sont auparavant intervenus le journaliste Denis Robert ainsi que les documentaristes Sophie Robert et Patric Jean et qui est sponsorisé par la Maison des Sciences de l’Homme (MSH). L’intervention de Jean Bricmont se fera en deux temps : en début d’après-midi, il interviendra sur “Le délit d’opinion et la liberté d’expression en France”, avant de donner le soir une conférence autour du thème “Science et liberté d’expression : de Voltaire à Chomsky”. Voilà qui promet, sachant que le cheval de bataille de Jean Bricmont en matière de liberté d’expression concerne la défense des seuls négationnistes. Il est tout de même inquiétant qu’un collectif rationaliste hébergé par une université donne la parole, sur un tel sujet, à un tel individu, pourtant réputé pour son peu de rigueur quand il parle d’histoire, de politique ou de sujets relevant des sciences humaines et sociales en général et qui est capable de déclarer, s’agissant de liberté d’expression dans les sciences, que « Même en Allemagne nazie on pouvait discuter de la physique juive » (sic), reprenant à son compte une expression hitlérienne. A noter que le collectif de modération d’Indymedia Grenoble a accepté de publier ce rendez-vous, annoncé par un message qualifiant CorteX de “collectif universitaro-flibustier” (re-sic) et le dernier livre de Jean Bricmont, La République des censeurs, de “livre dérangeant et imparable” (re-re-sic).