Attentats du 13 novembre 2015

Violences policières : et ce sont les manifestants que l’on condamne…

On en sait plus sur la manifestation d’hier après-midi à République contre l’état d’urgence. 341 personnes ont été interpellées et 316 placées en garde-à-vue pour participation à une manifestation interdite. Ce soir, la plupart ont été libérées mais neuf sont encore détenues par les forces de l’ordre. Nous leur exprimons toute notre solidarité et appelons à leur libération immédiate. Malgré la violence de la police, responsable du déclenchement des hostilités, c’est une nouvelle fois celle des manifestants qui est pointée du doigt par la plupart des médias et par nombre de personnalités politiques, dont Cécile Duflot, qui a déclaré : « C’est une catastrophe, ce sont des voyous qui jettent des projectiles, ils n’ont rien à voir avec l’écologie, avec la COP21 ». Mention spéciale cependant pour Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble! qui, si elle compte parmi les 58 signataires d’une pétition « Nous manifesterons pendant l’état d’urgence » portée essentiellement par des intellectuels dont on se dit pour certains qu’ils feraient déjà bien de commencer à aller manifester tout court avant de donner des leçons, a publié sur son blog une tribune condamnant lesdits « casseurs ». Voici ce qu’elle écrit, loin de remettre en cause la légitimité de l’état d’urgence :

« Comment faire vivre la démocratie dans un contexte d’État d’urgence ? Soyons vigilants sur les conditions véritables de la démocratie et de la liberté. Hier, l’événement majeur fut la grande réussite de la chaine humaine. […] Malheureusement, les images de violence sur la Place de la République entachent celles de plus de milliers de citoyens et militants se donnant la main ou déposant leurs chaussures pour dire leur volonté que les Etats s’engagent concrètement et fortement pour le Climat. Sur les chaines d’info continu comme dans les grands médias papier, ce sont les photos de personnes portant des cagoules et piétinant le monument dédié aux victimes du 13 décembre qui dominent. […] Une poignée d’individus cagoulés venus « casser du flic » et non défendre le Climat a provoqué. Les forces de police étaient présentes en nombre impressionnant au regard de la taille de cette manifestation interdite et à laquelle très peu d’organisations appelaient – Ensemble-Front de Gauche, dont je suis porte-parole, n’y appelait pas. Des échauffourées entre quelques individus et la police ont crée ce climat destructeur pour la mémoire des victimes. »

A la fin de ce long développement, Autain n’écrit qu’une seule phrase pour dénoncer les violences policières, tout en jugeant « révoltant » le fait que des manifestants aient été arrêtés et en condamnant les atteintes aux libertés liées à l’état d’urgence. Avant de revenir à sa marotte : « Le mouvement social ne doit pas dépérir avec l’état d’urgence mais trouver la voix de son expression face à un pouvoir qui ne lui facilite pas la tâche. Les images de violence telles que celles de la Place de la République ne servent aucunement la cause du Climat et de la justice sociale. » Pas à une contradiction près, elle regrette cet emballement médiatique tout en y participant :

« Les images de violence telles que celles de la Place de la République ne servent aucunement la cause du Climat et de la justice sociale. La fachosphère, très en forme par les temps qui courent, se charge de les utiliser contre nous. BFM n’hésite pas à sur-saturer ses télespectateurs d’images sélectives qui ne sont pas favorables aux visées d’une gauche sociale et écologiste : vous verrez et reverrez les bougies jetées par des hommes cagoulés, vous ne verrez pas les fleurs écrasées par les crampons de policiers ou les militants se tenant la main pour protéger le monument aux victimes. »

Rappelons que les parlementaires du Front de gauche auquel appartient Ensemble! ont voté le prolongement de l’état d’urgence pendant trois mois.

Source : blogs.mediapart.fr/clementine-autain/blog/301115/du-cote-de-la-chaine-humaine

Pour rappel : casseurs casqués et encagoulés pétinant le monument en hommage aux victimes des attentats place de la République. (Les Enragés)
Pour rappel : casseurs casqués et encagoulés piétinant le monument en hommage aux victimes des attentats place de la République. (Les Enragés)
Et la palme de l'hypocrisie revient à... Jean-Luc Mélenchon, qui s'offusque de l'état d'urgence que sa formation a elle-même voté.
Et la palme de l’hypocrisie revient à… Jean-Luc Mélenchon, qui s’offusque de l’état d’urgence que sa formation a elle-même voté. (Cliquer pour agrandir)
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Deux semaines d’état d’urgence : revue de presse

En ce moment même, des dizaines de personnes sont en train de se faire embarquer par la police place de la République à Paris pour avoir manifesté contre l’état d’urgence, bravant l’interdiction de manifester. Voici deux semaines que ce régime d’exception est opérant en France, que la loi le régissant a été modifiée en vue de l’étendre à « toute personne […] à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics », tandis que la France a annoncé qu’elle allait déroger à la Convention européenne des droits de l’Homme. Vendredi, on comptait déjà 1 616 perquisitions sur tout le territoire. Comme on pouvait s’y attendre, le mouvement social est prioritairement visé, et on ne compte plus les gardes-à-vues, perquisitions, assignations à résidence, gardes à vues touchant des salariés, des militants syndicaux, associatifs, écologistes et même un jeune aveugle (on peut consulter un relevé aussi exhaustif que possible de ces abus sur le site de la Quadrature du Net, mais aussi sur le site du Monde)… De fait, l’état d’urgence facilite la mise en place de mesures coercitives arbitraires sur simple décision administrative, là où il faudrait d’ordinaire la décision d’un juge. L’interdiction de manifester est toujours en vigueur à Paris jusqu’à demain au moins, tandis qu’à notre connaissance, certains syndicats ont renoncé à des mouvements de grève la semaine dernière au nom de l’union nationale. Suite à l’assaut sur les terroristes de Saint-Denis, un de leurs voisins sans-papiers à reçu une OQTF (obligation de quitter le territoire français) après avoir manqué de se faire tuer par les forces de l’ordre, tandis que les habitants du quartier évacués attendent toujours d’être relogés. Et pendant qu’on nous demande d’accrocher des drapeaux français à nos fenêtres ou de cyber-manifester notre patriotisme avec le hashtag martial #FiersdelaFrance, la popularité du FN continue de monter.

Un des permiers usages du hashtag #FiersdelaFrance promu par le governement.
Cocorico ! Un des premiers usages du hashtag #FiersdelaFrance promu par le gouvernement.
Une image forte : Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Florian Philippot côte-à-côte lors de l'hommage national aux victimes des attentats vendredi aux Invalides. D. R.
Une image forte : Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Florian Philippot côte-à-côte lors de l’hommage national aux victimes des attentats vendredi aux Invalides. D. R.
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Déchéance de nationalité : François Hollande se propose d’appliquer le programme du FN

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François Hollande vient d’annoncer un programme inquiétant devant le Parlement réuni en Congrès : modification de l’article 36 de la Constitution qui porte sur l’état de siège pour y inclure l’état d’urgence, introduction de la possibilité de déchoir des bi-nationaux de leur nationalité et facilitation des expulsions :

« Nous ne pouvons pas rendre quelqu’un apatride, mais nous devons pouvoir le faire pour une personne condamnée pour des actes de terrorisme même s’il est né français, s’il a une autre nationalité. Nous devons pouvoir expulser plus rapidement des étrangers qui représentent une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public et la sécurité de la Nation. Nous devons pouvoir interdire à un binational de revenir sur le sol national sauf à ce qu’il se soumette à un dispositif de contrôle, comme le font les Britanniques. Nous devons pouvoir expulser plus rapidement un étranger qui présente une menace, mais nous pouvons le faire dans le respect de notre législation. »

Par ailleurs, le Président souhaite que les parlementaires votent la prorogation de l’état d’urgence pour trois mois (une période qui couvrira donc la Cop 21 et les contre-manifestations prévues). Il a annoncé un renforcement des moyens et des effectifs de la police et de l’armée, incluant une discussion sur le droit à la « légitime défense » des policiers : « Face à la violence des terroristes, la condition de la légitime défense des policiers, des conditions dans lesquelles ils peuvent faire usage de leurs armes doivent être traitées. » Or, on sait très bien que ce type de mesures sécuritaires prises sous le coup de l’émotion et sous des prétextes anti-terroristes ne tarde jamais à être étendu à d’autres faits. On remarque qu’alors que seul le FN (et, depuis Sarkozy, une partie grandissante de la droite) proposait jusque là la déchéance de nationalité, aujourd’hui, la gauche de gouvernement se propose de prendre le train en marche. Quant au droit pour les policiers de faire usage de leurs armes et à la notion de « légitime défense » dans ce cas, on sait aussi qu’elle sert depuis longtemps de prétexte pour couvrir des « bavures ». De même, la notion de « menace » appliquée aux étrangers est extrêmement large : potentiellement, tous pourraient être touchés, surtout les plus précaires (migrants, réfugiés, sans-papiers). Bien sûr, toutes ces décisions doivent encore être votées, mais nul doute que le ver et dans le fruit et qu’on se dirige vers une société de plus en plus sécuritaire. De fait, c’est l’ensemble de la société qui risque de subir dans les mois à venir d’importantes restrictions des libertés publiques. Enfin, François Hollande a proposé de rencontrer les présidents américain et russe en vue d’une coalition élargie en Syrie qui intensifierait les bombardements contre Daesh, dont on sait qu’ils font pourtant de nombreuses victimes civiles. Voir les déclarations de François Hollande sur le site des Echos.

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Solidarité avec les victimes = Solidarité avec les migrants

Des passants, voisins, amis témoignent de leur solidarité avec les victimes des attentats d’hier mais aussi avec les migrants, têtes de turc d’ores et déjà pointées par l’extrême droite :

Vu en face du Petit Cambodge.
Vu en face du Petit Cambodge.
Vu au pied de la statue figurant la République, à République.
Vu au pied de la statue figurant la République, place de la République.
Vu à Proximité du Bataclan.
Vu à proximité du Bataclan.

Merci à Erio pour ses photos. (Cliquer pour agrandir)

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Attentats : l’extrême droite s’en prend à des cérémonies à Lille et à Metz

L’extrême droite ne s’arrête jamais : déjà, elle tente de faire porter la responsabilité des tueries d’hier aux migrants. Cet après-midi, une quinzaine de militants identitaires, identifiés par la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) comme appartenant au Front national, s’en sont pris à Lille à une cérémonie d’hommage et de recueillement organisée par la LDH. Lu dans La Voix du Nord :

« 15h15, place de la République. Tandis que l’émotion transpire sur ces lieux déjà témoins d’autres drames récents aux mêmes relents écœurants, un groupe d’extrême droite traverse le boulevard de la Liberté. Ils brandissent une banderole sur laquelle sont inscrits ces mots en lettres noires : « Expulsons les islamistes ! » Le poing levé, ils vocifèrent insultes et menaces. La tension monte. Après un bref instant de surprise, des dizaines de manifestants se précipitent au devant des provocateurs. « Dehors les fachos ! » Le slogan résonne haut et fort. Des policiers équipés façon Robocop se glissent entre les deux groupes pour éviter le pire. Les identitaires sont dépassés. Acculés près de l’entrée du métro. »

Un événement similaire a eu lieu à Metz. Dès ce matin, voici le genre d’images qu’on pouvait trouver sur Synthèse nationale, suivi dans la journée d’un communiqué haineux de Carl Lang, président du Parti de la France :

2015-11-14_synthesenationale2

Philippe de Villiers n’a pas été en reste :

2015-11-14_attentats_devilliers

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Une pensée pour les victimes des attentats d’hier à Paris et à Saint-Denis

D.R.
D.R.

Pas facile de s’exprimer sur ce qui s’est passé hier… Juste une pensée pour les victimes de ces massacres de masse et pour leurs proches. Il sera bien temps dans les semaines et dans les mois à venir d’analyser toutes les conséquences de cette épouvantable tragédie.

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