Discours identitaires

A propos de la « Marche de la dignité »

Ce samedi doit avoir lieu à Paris une « Marche de la dignité et contre le racisme » avec le soutien d’Angela Davis, qui soulève des débats passionnés dans le monde militant. En cause : la présence parmi ses signataires de représentants du Parti des Indigènes de la République et de gens proches de cette mouvance, ainsi que d’associations musulmanes à caractère religieux. Encore une fois, on note parmi les premières signataires du collectif de la Marche des Femmes pour la Dignité (Mafed) la présence d’Houria Bouteldja, d’Ismahane Chouder (co-présidente de Participation et Spiritualité musulmanes) et de Rokahya Diallo des Indivisibles (qui sont eux sur une ligne beaucoup plus social-démocrate). Parmi les autres signataires, citons Saïd Bouamama et son  Front uni de l’Immigration et des Quartiers populaires (FUIQP) ou l’éditeur Eric Hazan, mais aussi le Collectif des musulmans de France (qui a soutenu la Manif pour Tous et les Journées de retrait de l’école), le rappeur dieudonniste Médine, un  militant associatif (ex?-)sarkozyste, Tarek Mouadane, fondateur de l’association Bleu-Blanc-Rouge basée à Argenteuil et même le réalisateur Mathieu Kassovitz, connu pour sa défense de diverses théories du complot, du 11-Septembre à l’affaire Mohamed Merah ou encore Tariq Ramadan. Même si le texte de l’appel en lui-même, rédigé par Amal Bentoussi, représentante du collectif Urgence notre police assassine, ne pose pas de problème majeur et si cet appel a été signé par des dizaines des personnes et d’organisations diverses en général classées à gauche ou dans la gauche radicale, doit-on pour autant fermer les yeux sur ce douteux compagnonnage, sous prétexte de lutte anti-répression et antiraciste ? Nous ne développerons pas plus avant notre position à ce sujet, qui n’a pas changé depuis le meeting polémique du 6 mars dernier, même si nous pouvons comprendre que certains souhaitent se rendre à cette manifestation avec l’espoir de ne pas laisser le terrain aux sus-cités et si nous sommes d’accord avec eux pour considérer que le combat contre les violences policières et le racisme structurel est trop important pour être abandonné à quelques personnalités ou organisations douteuses. Cependant, il nous semble nécessaire de relayer en complément quelques textes qui à nos yeux permettent de mieux comprendre les enjeux du débat. Tout d’abord, citons le texte à l’origine de la polémique : « Lettre ouverte à ceux qui pensent que participer à la Marche-de-la-dignité-contre-le-racisme-avec-le-soutien-d’Angela-Davis n’est pas un problème » et la réponse que lui a faite Yves Coleman de la revue Ni Patrie Ni Frontières, mais aussi un texte écrit par des militants anarchistes, « Nique la « race » ». Plus généralement, notons l’analyse matérialiste de la question raciale proposée par le collectif Racialisateurs go home, qui est intéressante même si elle ne prend sans doute pas assez en compte le ressenti des personnes victimes de racisme et qui se veut une réponse à cet autre texte publié dans la revue Vacarme, qui lui adopte un point de vue intersectionnel. Parmi ceux qui annoncent leur participation à cette marche, notons le texte du groupe « Juifs et Juives révolutionnaires » qui vient de se constituer ou encore l’appel de Solidaires, qui est sur une ligne anti-répression.

Documents au format PDF  :
L’appel et la liste des signataires
Contre la marche de la dignité
Nique la « race »
Tiens, ça glisse – Racialisateurs go home

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Michel Onfray : « en France, c’est interdit de penser » la « question des immigrations »

Le magazine Le Point a partiellement transcrit un entretien accordé par Michel Onfray à LCI avant-hier. Interrogé sur le refus du FN d’accueillir des « clandestins supplémentaires » et sur les hésitations du PS et des Républicains, le philosophe réactionnaire a répondu :

« Il faudrait déjà s’entendre sur cette idée de migrants, d’émigrants, d’immigrés. Vous avez vu qu’on n’utilise plus le mot « immigrés », on ne parle plus d’immigration, on parle de migration, et puis maintenant on parle de réfugiés. De toute façon, en France, c’est interdit de penser cette question-là… Il faudrait déjà commencer par penser cette question des immigrations. Quand on dit : « oui, mais, regardez, on a accueilli les Polonais, les Espagnols, les Portugais »… Oui, mais c’était dans un même espace qu’était l’espace judéo-chrétien ! »

Décidément très en forme quand il s’agit de défendre les idées les plus nauséabondes, Michel Onfray n’en est pas moins signataire d’un appel lancé par le chanteur Marc Lavoine pour inviter à la solidarité avec les migrants. Dans le même entretien, il a cité Pierre Rabhi et sa fable du Colibri afin d’expliquer que s’agissant des migrants, chacun devait faire sa part.

Source : http://www.lepoint.fr/culture/migrants-onfray-en-france-il-est-interdit-de-penser-la-question-migratoire-09-09-2015-1963247_3.php

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Déferlante de haine anti-musulmane sur un site de cuisine grand public

La publication par le site culinaire Marmiton d’une sélection de recettes de cuisine à l’occasion du Ramadan a déclenché des vagues de commentaires haineux sur sa page Facebook, qui ont obligé le modérateur à intervenir. Voir les compte-rendus publiés sur Rue89 et sur Gauche de Combat.

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A lire : Charles Martel et la bataille de Poitiers, de l’histoire au mythe identitaire

L’ouvrage de William Blanc et Christophe Naudin, Charles Martel et la bataille de Poitiers : de l’histoire au mythe identitaire (Libertalia 2015) est un livre important. Motivé par la récupération de la figure du maire du palais par l’extrême droite identitaire, il fait le point sur l’état des connaissances historiques autour de cet événement qui a vu s’opposer en 732 les armées franques et arabo-berbères dans la vallée de la Vienne, sur la pérennité de sa mémoire depuis le Moyen Âge et sur les mésusages dont il fait aujourd’hui l’objet.

Christophe Guilluy, la « culture » et l’identité des « autochtones »

Le militant marxiste Germinal Pinalie a consacré une analyse très fouillée au discours de Christophe Guilluy, géographe proche du groupe de réflexion Gauche populaire actif auprès du Parti socialiste. Auteur du livre Fractures françaises sorti en 2012 et qui est abondamment cité comme une référence à droite, Guilluy soutient qu’il y aurait au sein des classes populaires une division entre « autochtones » supposés « blancs » et « immigrés » et que la gauche de gouvernement devrait se concentrer, pour combattre notamment le vote FN au sein des classes populaires, sur la reconquête de leurs portions « autochtones » en acceptant de prendre en charge un discours à caractère identitaire et xénophobe supposé les toucher, notamment sur la question de l’immigration. Or, comme le souligne Pinalie, « le PS n’est pas, loin s’en faut, si différent de la droite avec qui il échange régulièrement les rênes du ministère de l’Intérieur. À en croire le Gisti, les pratiques sont sensiblement les mêmes derrière les déclarations politiques, et ce de plus en plus clairement avec les années. Dans la même période où Guilluy radicalisait son discours « idéologique » pour arriver à en faire un véritable discours anti-immigration, car c’est finalement bien là le fond de l’affaire, la gauche de gouvernement n’a cessé de glisser vers la droite sur cette question comme sur les autres. » Pour Pinalie, le discours de Guilluy est le pendant de celui « des Indigènes de la République, qui se pensent eux en opposition radicale au « pouvoir blanc ». » Dans les deux cas, il s’agit de remplacer la lutte des classes par la lutte des races. Ce discours répond également à une stratégie de positionnement individuel sur le marché des conseillers du prince, puisque, selon Pinalie, « ce que Guilluy voudrait, c’est concurrencer le discours des autres conseillers, des « technocrates » à la Aquilino Morelle ». La lutte des places, en somme…

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Gauche radicale, marxisme et question religieuse : une revue de presse

Sur le problème du rapport de la gauche radicale à la question religieuse et à l’islam en particulier, plusieurs contributions ont attiré récemment notre attention, notamment un article très fouillé datant de 2005 et republié en janvier de la revue Ni Patrie Ni Frontières et un texte à tonalité pamphlétaire publié par le militant marxiste proche de Lutte ouvrière Yann Kindo. Même si nous pouvons avoir quelques divergences avec les auteurs, notamment en termes de vocabulaire, ces deux textes invitent à réfléchir à cette problématique trop souvent éludée dans les milieux libertaires et de gauche radicale. De plus, tant Ni Patrie Ni Frontières que Yann Kindo proposent d’autres textes de fond s’agissant du concept d’islamophobie (voir ici et ), du rapport de la gauche radicale à l’islam politique notamment au Royaume-Uni (voir par exemple ici) mais aussi dans certains pays de culture islamique dont l’Iran et la Palestine (voir ) ainsi que s’agissant des idées développées par Marx et certains de ses successeurs sur la question religieuse (voir ici et ) qui permettent, pour ceux qui le les connaîtraient pas, de mieux situer leurs analyses récentes dans le contexte plus large d’une pensée marxiste qui refuse de se renier, préférant parler de lutte des classes plutôt que de questions identitaires. Et toujours à lire sur ce sujet, l’excellent texte de Germinal Pinalie sur les identitaires de gauche.

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« Pourquoi je n’irai pas au rassemblement contre l’islamophobie aux côtés de l’UOIF »

Pour contrer l’islamophobie, la gauche radicale appelle à un meeting le 6 mars. Parmi les guests, l’UOIF qui entretient des liens avec des nationalistes de tous poils. « L’antiracisme oui, mais pas avec n’importe qui ! », attaque Ornella Guyet dans une tribune parue sur Streetpress.

A lire : L’histoire, un combat au présent, de Nicolas Offenstadt

Dans L’histoire, un combat au présent, l’historien Nicolas Offenstadt s’interroge sur la pratique de l’histoire en tant que discipline scientifique, à l’heure où cette dernière, notamment au travers de la question de son enseignement, est redevenue un enjeu de débat politique. Ce petit livre, qui sera très utile à toute personne intéressée par les questions soulevées par cette problématique, réussit le tour de force d’allier rigueur et pédagogie, rendant accessible au plus grand nombre les thématiques parfois complexes qui y sont développées.

Jean-Loup Amselle : « On assiste à une racialisation du débat politique »

Nous donnons la parole à l’anthropologue Jean-Loup Amselle, auteur d’un livre sorti récemment sur le confusionnisme politique, Les nouveaux rouges-bruns – Le racisme qui vient (éditions Lignes). Nous l’avons rencontré début janvier, au lendemain de l’attentat qui a frappé Charlie Hebdo.