Frédéric Lordon

Ruffin et Lordon, une Nuit à dormir Debout

Nuit Debout nous donne l’occasion de publier, en partenariat avec plusieurs autres groupes et sites antifascistes, un dossier qui se veut aussi exhaustif que possible sur la galaxie citoyenniste, ses réseaux et ses errements idéologiques. Vous trouverez ci-dessous son sommaire avec des liens cliquables afin de naviguer à l’intérieur aussi aisément que possible. Fruit d’un … Continuer la lecture Ruffin et Lordon, une Nuit à dormir Debout

Souverainisme : un texte de Jean-Loup Amselle à lire

Sur la question du souverainisme, un article intéressant à lire de l’anthropologue Jean-Loup Amselle sur la question du souverainisme dans Libération. Il y souligne que « hors des bonnes ou des mauvaises intentions des uns et des autres, il n’existe pas, contrairement à ce que pensent certains – Frédéric Lordon -, de bonnes formes de souverainisme qui s’opposeraient à de mauvaises formes de cette figure du politique, celle incarnée de façon caricaturale par Jacques Sapir. » L’anthropologue y rappelle que :

« Au sein de la gauche, la pente souverainiste est ancienne, qu’on se souvienne du rapprochement raté de Jean-Pierre Chevènement avec Charles Pasqua, rapprochement renouvelé récemment entre le premier et Nicolas Dupont-Aignan à la tête du mouvement de la droite extrême, Debout la France. Mais, elle touche bien d’autres secteurs de la gauche comme ceux se réclamant de la Gauche républicaine, qui mettent en avant la notion d’«insécurité culturelle» censée affecter les Français dits «de souche» en butte, selon eux, aux avantages indument accordés aux immigrés. Elle explique également le glissement d’un certain nombre de personnalités issues de la gauche vers une posture «nationale républicaine», type Marianne ou Causeur, défendant l’érection de frontières nationales protégeant la France d’une mondialisation sauvage. Face à une mouvance «souverainiste-nationaliste» existerait donc une bonne mouvance «souverainiste populaire», celle représentée sous la Révolution par Robespierre (Frédéric Lordon). Or, le souverainisme populaire semble difficilement pouvoir échapper au cadre de l’Etat-nation […] »

Même si on peut avoir des réserves s’agissant de son analyse de Podemos comme porteur d’une véritable alternative, le penseur marxiste rappelle que « Rabattre la souveraineté populaire sur le cadre de l’Etat-nation conduit donc à fétichiser celui-ci comme forme d’expression privilégiée du politique. Dans une optique de gauche, marxiste, le schéma national n’a jamais constitué l’échelon pertinent d’analyse puisque ce sont les rapports sociaux de production qui formaient l’armature de la problématique et de l’organisation des luttes. »

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Jean-Marie Harribey critique autant Sapir que Lordon

Jean-Marie Harribey (Attac, Alternatives économiques, Economistes atterrés, Politis, Fondation Copernic) a jugé le 30 août dernier « tardives et donc assez peu crédibles » les « indignations justifiées » qui ont suivi les déclarations de Jacques Sapir relatives à une alliance anti-euro pouvant s’ouvrir jusqu’au FN. En particulier, il propose dans son article publié sur le blog d’Alternatives économiques une critique de l’article de Frédéric Lordon, « Clarté », que nous évoquions précédemment. Harribey y revient sur les origines de ces polémiques animant le champ des économistes dits « hétérodoxes » et s’interroge sur leur responsabilité (Harribey s’inclut dans la critique) dans la confusion actuelle. A propos de Sapir, il note qu’ « On tombe toujours du côté où l’on penche » et relève chez lui une absence « d’analyse de classes » et une « ignorance totale du modèle productif à initier en pensant que le productivisme est reconductible ». A Lordon qui reproche à ceux qu’il appelle les « altereuropéistes » (qualificatif par lequel Harribey se sent visé) d’avoir « ignoré ou oublié la dualité signifiante de la « nation souveraine », l’économiste membre du conseil scientifique d’Attac répond : « Où est la dualité quand Frédéric Lordon théorise l’identité entre nation et souveraineté ? À moins qu’il s’agisse d’une ruse de la dialectique ? Si oui, l’unité des contraires ne suppose-t-elle pas la contradiction entre eux ? » L’article d’Harribey sent aussi la gueule de bois de ceux qui avaient fondé leurs espoirs dans Syriza pour faire bouger les lignes au niveau européen, une illusion largement partagée par l’ensemble de ces économistes issus de l’altermondialisme : « le gouvernement d’Alexis Tsipras s’est bercé d’illusions pendant six mois et n’a préparé aucune voie alternative pour inverser le rapport de force », écrit-il aujourd’hui : « difficile d’y voir clair après la défaite de la Grèce qui est aussi la nôtre ».

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Frédéric Lordon juge « monstrueuse » une possible alliance avec le FN

Face aux déclarations de Jacques Sapir appelant à une alliance anti-euro qui regrouperait jusqu’au FN, celles de Jean-Pierre Chevènement allant dans le même sens ou celles de Nicolas Dupont-Aignan qui le 29 août dernier lors de la soirée de clôture de l’université d’été de Debout la France a « rassembler au-delà des appareils les patriotes de droite, de gauche et d’ailleurs », une des rares voix dissonantes chez les intellectuels souverainistes est celle de Frédéric Lordon. L’économiste a en effet publié sur son blog le 26 août dernier un texte intitulé « Clarté » dans lequel il juge de telles alliances « invraisemblables ». « Le drame politique se noue véritablement quand la confusion n’est plus seulement alimentée par ce qu’on appellera la droite générale – où le PS se trouve évidemment inclus – mais depuis la gauche également, et sous deux formes diamétralement opposées : l’entêtement de la gauche alter-européiste à « changer l’euro », la perdition d’une autre gauche dans la tentation, pour le coup, oui, monstrueuse, de l’alliance avec le Front national », explique l’économiste, qui reproche à Jacques Sapir d’avoir cédé à « une idée despotique » et d’avoir « perdu tout sens de l’histoire », indiquant : « il y a pire que l’égarement : l’égarement pour rien. Car voici la tragique ironie qui guette les dévoyés : le FN, arrivé au pouvoir, ne fera pas la sortie de l’euro. » Et d’en appeler à une sortie de gauche de l’euro, la seule possible selon lui. Pour autant, Lordon ne renonce pas à son antienne : réhabiliter l’idée nationale à gauche, alors même que le chauvinisme est une des sources importantes de la confusion qui règne dans certaines franges de ce camp politique. « Dans ces conditions, la faute intellectuelle de l’alter-européisme est triple : il a manqué à voir la dualité du signifiant « nation souveraine », abandonné à la droite d’en imposer sa lecture, et par cet abandon même trahi son propre legs historique : car en France la nation souveraine naît en 1789, elle se constitue comme universalité citoyenne, elle exprime le désir de l’autonomie politique, désir d’un peuple en corps de se rendre maître de son destin, bref elle est de gauche », explique-t-il. L’économiste, qui continue donc d’affirmer qu’il ne faut pas laisser l’idée nationale à l’extrême droite, n’analyse pour autant pas le retournement de Sapir (que d’ailleurs il fallait être aveugle pour ne pas voir avant août) comme n’étant finalement que la conclusion logique et pratique de son souverainisme. De même, en focalisant sur l’euro (ne fait-il pas à ce sujet du « mono-idéisme » lui aussi ?), il n’explique pas non plus comment une sortie de cette monnaie pour revenir à une monnaie nationale permettrait de combattre efficacement le capitalisme et de mettre fin à ses ravages, dans la mesure où la monnaie, qu’elle qu’elle soit, est un des principaux instruments sur lequel ce dernier repose.

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Eric Hazan : « La police avec nous ! »

Le 14 juillet dernier, Judith Bernard a publié sur son site Hors-Série un débat entre Frédéric Lordon et Eric Hazan enregistré le 27 novembre 2014 au Lieu-Dit à Paris. Hazan l’a conclu ainsi, pour le plus grand bonheur de Lordon qui n’a pas eu à le dire :

« Un de mes points de divergences avec les camarades du Comité invisible – j’essaye de leur montrer le lumière mais ils ne veulent pas la voir : c’est une erreur totale de prendre les forces de l’ordre – la police – comme un tout homogène et de la figer en lui montrant qu’on lui voue une haine indiscriminée. Quel rapport y-a-t-il entre les Bac – les brigades anti-criminalité qui sont des cowboys racistes immondes et les types de trois (sic), les petites patrouilles sur le boulevard de Belleville où il y a souvent un Arabe et une femme qui vont… Heu… Allez, chasser, empêcher de travailler les vendeurs de maïs grillé. Ce n’est pas les mêmes ! Il faut jouer la contradiction à l’intérieur des forces de l’ordre. la défection des forces de l’ordre a toujours été le moment critique des insurrections, celle où elles sont passées du côté victorieux. Et quand il n’y a pas de défection des forces de l’ordre, l’insurrection est massacrée, comme ça a été le cas en juin 1948 où la garde mobile a massacré l’insurrection, comme ça a été le cas pour l’insurrection spartakiste où les Freikorps, qui étaient des mercenaires, ont massacré l’insurrection. Il faut dire : « la police avec nous ! » »

Ainsi selon Eric Hazan, il n’est pas pertinent de juger l’action de la police à l’aune de sa fonction sociale, qui est d’être le bras armé de l’Etat et du capital. Il y aurait donc d’après lui des bons flics, ce qui ne font « que » chasser (gentiment ?) les vendeurs à la sauvette (des pauvres d’origine étrangère) des quartiers populaires de Paris et qui se distingueraient par leur côté black-blanc-beur (faut-il en conclure que cela leur permettrait d’échapper à tout racisme et sexisme, eux qui chassent tout aussi bien les migrants du quartier de Belleville, parmi lesquels de nombreuses femmes prostituées chinoises ?), à opposer aux brutes racistes de la Bac. Étonnante analyse, pour quelqu’un qui édite tout  la fois le Comité invisible ou des proches des Indigènes de la République, entre autres choses.

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Une critique du dossier du Monde diplomatique sur le conspirationnisme

Conspiracy Watch propose une critique du dossier du Monde diplomatique de ce mois consacré au conspirationnisme, ouvert par un article de l’économiste Frédéric Lordon.  L’Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot souligne en particulier les limites d’une critique qui épargne son propre camp s’agissant du Diplo et, s’agissant de Lordon, de celles d’une critique faisant du conspirationnisme une sorte de mode de défense maladroit du « peuple » contre les « dominants », à voir comme un « symptôme de la dépossession politique et de la confiscation du débat public ». Problème : nombre de dominants usent eux-même dans leurs discours de théories du complot. Comme le souligne Conspiracy Watch, « les exemples sont légion de « dominants » qui usent précisément du conspirationnisme à des fins de confiscation du pouvoir. C’est là le point aveugle de la réflexion de F. Lordon. A aucun moment il n’interroge la propension des régimes autoritaires et des démagogues à se servir de la théorie du complot comme d’un alibi politique en même temps que d’un redoutable instrument de violence symbolique. » Sur le même sujet, on peut aussi relire la critique faite par le collectif Luftmenschen à l’article de Frédéric Lordon, suite à sa première publication en 2012.

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Les Citoyens constituants : « une idée qui mérite d’être creusée », selon Frédéric Lordon

Lors d’une rencontre organisée le 2 avril dernier par le collectif Penser l’émancipation-Paris Frédéric Lordon a été interrogé à propos du mouvement des Citoyens constituants, que nous avons déjà évoqué ici. Voici sa réponse :

« Que dire qui ne soit pas trop mièvre sur Les Citoyens constituants ? Sinon que tout ce qui développe la raison politique est bon à prendre, donc y compris le fait que les individus se réapproprient la question constitutionnelle, acquièrent à son propos une compétence et oui peut-être, offrent par tirage au sort […] les éléments d’une assemblée constituante. Bon, pourquoi pas ? Si vous voulez, dit comme ça, ça me paraît une idée à propos de laquelle je ne me prononcerai pas catégoriquement mais qui mérite au moins en tant que telle d’être creusée. »

La vidéo de cette conférence a été reprise avec son accord par le site du M’Pep. En janvier 2014, le conférencier gesticulant Franck Lepage avait témoigné dans l’émission de webradio « Nager entre deux chaises » avoir tenté de raisonner Etienne Chouard, principale référence théorique des Citoyens constituants, en sa compagnie : « On s’est engueulé avec un ami qui m’est cher, Etienne Chouard, à cause de son lien vers Egalité et Réconciliation. On a discuté avec Etienne, avec Frédéric Lordon, Bernard Friot, François Ruffin. On a essayé de dire à Etienne d’enlever ses liens vers Egalité et Réconciliation. » Pour l’anecdote, en 2012, Etienne Chouard s’était vanté d’avoir initié Frédéric Lordon au parapente, à l’occasion des Rencontres déconnomiques d’Aix-en-Provence :chouard_lordon_parapenteAujourd’hui Frédéric Lordon appelle à « tenir une ligne politique d’une rigueur de fer, ce qui signifie ne prêter le flanc en rien à des associations douteuses ». Or, « dans le cas d’Etienne Chouard il y a le frayage avéré avec des personnalités les plus nocives du secteur le plus nocif de la politique française. Alors c’est quand même un problème de première grandeur. Il m’est impossible de ne pas le dire. » L’économiste invite donc à « disjoindre cette question générale des modalités d’écriture de la constitution de la personne qui est devenue sont principal promoteur et qui à mon avis est devenu son principal boulet ». Mais est-ce encore possible ? Ce n’est en tout cas pas en faisant la promotion, même réservée, d’une organisation qui se réfère explicitement au « boulet » en question et qui multiplie les références complostistes et réactionnaires sur son compte Facebook que l’on peut contribuer à clarifier les choses, sans même parler des biais théoriques des thèses qu’elle défend…

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Philippe Corcuff : « Le confusionnisme néoconservateur brouille l’espace idéologique »

Nous avons rencontré le sociologue Philippe Corcuff, afin qu’il nous présente son livre paru récemment, Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard : un ouvrage stimulant qui mérite d’être lu et discuté car il pose publiquement un problème trop souvent éludé dans les milieux de la gauche radicale et libertaires.